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Les arbres sur le toit me rendent insécure. Évidemment, ils sont soustraits des regards mais le vent, le soleil y sont plus intenses.
Le trajet pour me rendre au toit est intense aussi. Sortir de chez moi avec l'arrosoir rempli et un autre contenant de quatre litres d'eau. Les déposer, fermer ma porte, appeler l'ascenseur. Entrer dans l'ascenseur, déposer ma charge, commander le PH (penthouse). Lever ma charge, enfiler le long corridor, m'efforcer de ne pas échapper l'eau sur l'épais tapis. Au bout du couloir, déposer ma charge, ouvrir la porte. Y pénétrer avec ma charge. Monter les seize marches. Redéposer ma charge en haut de l'escalier. Ouvrir la porte extérieure avec une clé spéciale, coincer la porte. Reprendre ma charge, faire quelques pas sur le toit en gravier. Arroser. Refaire le chemin inverse. Ce qui est intense ce sont les sens aux aguets pour ne pas rencontrer personne, éviter les heures d'affluence des ascenseurs, poser des gestes précis et sans bavure, ne pas m'accrocher les pieds dans le tapis ou dans les marches. De par sa position d'administrateur à Lui dans l'immeuble, je ne veux pas être accusée de favoritisme.
Ce soir, Lui insiste pour m'équiper autrement. Du cagibi, il sort une bonbonne à pression de huit litres avec courroie à l'épaule et tuyau d'arrosage sur lequel nous avons pu fixer la buse aux trous très fins pour arroser les bonsaïs. Nous avons répété les gestes mais mon épaule est trop étroite pour retenir la courroie, en bandoulière, la courroie me fait mal au cou. Et puis, huit litres d'eau c'est lourd. Sans compter que le procédé ralentit l'arrosage et l'équipement plus encombrant qu'autre chose. Je savais tout cela mais c'est sa façon à Lui pour participer à mon dada. Ce n'est pas comme, de temps à autre, il se porte volontaire pour aller arroser à ma place. Non pas que je m'en plains. Mais c'est dans la subtilité que les différences se remarquent. Ou pas.
Mars et Vénus par Botticelli au National Gallery de Londres
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