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Ça ne m'est plus arrivé depuis très longtemps de perdre un texte mais voilà ça vient d'arriver. Il faut croire que ce que je viens de développer était si prenant que j'avais plutôt travailler mon texte au lieu de me soucier de le sauver.
En gros, je disais que maintenant que nous avons décidé de vendre la maison du nord, il nous arrive de reculer dans notre certitude. Logiquement, tous les deux avons décidé mais, sans faire du sentimentalisme ou du chantage émotif l'un à l'autre, nous faiblissons pour les mêmes moments de félicité: par exemple, la dernière fois que les petites y étaient, elles avaient fait un tapis de pétales de fleurs blanches sur la véranda qui était devenue la scène où elles ont présenté leur spectacle de danse et de chant. Elles étaient inspirées, nous étions enchantés.
Hier soir, nous nous sommes arrachés de la ville, fuyant le sens du devoir qui m'aurait conduit au chevet de ma mère malade, pour arriver à la maison du nord qu'à la tombée de la nuit. Comme le goût d'un fruit défendu ou d'un bonheur en sursis, je savourais la soirée et mon feu de foyer. La nuit, je me coulais sous la couverture électrique. Ce matin, je faisais nos crêpes. Des gestes anodins répétés depuis si longtemps qui sont devenus précieux aujourd'hui.
Ce matin, Lui a fendu quelques bûches que je ramassais et rentrais dans la maison, blouson en jeans pardessus ma jaquette de nuit. Bref instant que je ne veux pas oublier. Ah, et la luminosité de cette maison ...
Nous sommes revenus en ville pour un rendez-vous qui ne s'est pas concrétisé. Tant pis, d'autres tâches nous attendent. Comme ces brochures publicitaires que j'ai emportées au bureau de postes. Comme les bonsaïs qui attendent leur part de soins. Et mon engagement au conditionnement physique.
Il me faut penser à ramener en ville tous mes livres et les étagères, en prévision de la vente de la maison du nord. Moi qui a rêvé longtemps à habiter avec mes livres. Mais comment ne pas envahir Lui qui a toujours toléré mes livres comme ma possession sans les comprendre. Alors je discute avec Lui sur les possibilités. Il est d'accord pour aligner les petites étagères peu efficaces pour combler le vide laissé par le grand meuble à bonsaïs qui est parti hier.
Ah oui, j'y repense: dans le texte perdu j'avais parlé du détachement que j'essaie de pratiquer, en donnant mes quatre bonsaïs d'intérieur et le grand meuble. Il me faut encore me défaire de beaucoup plus, la maison du nord et tout son ameublement. Je suis faible mais je me soigne ... un jour à la fois.
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