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Je me sens comme deux personnes différentes habitant un même corps. La veille, j'avais passé l'après-midi à la clinique et la soirée à l'urgence. Le lendemain, je partais avec Lui en voiture sport pour faire un peu de route par temps ensoleillé et radieux, avant d'aller acheter un pot pour bonsaï puis aller au musée des beaux-arts avec fifille.
Il faut dire que je me suis sentie un peu étrange, un peu irréelle. À l'exposition sur l'atelier de Rodin avec beaucoup de pièces exposées, les unes plus belles et sensuelles que les autres, j'étais attendrie. Devant le Penseur en grande taille sur un piédestal, j'étais saisie d'une faiblesse ou d'une émotion qui m'a tiré quelques larmes que j'ai ravalées seule. Dans la nuit des crampes il y a quelques jours, j'étais sur le point de pleurnicher mais devant la réaction à Lui, il faut dire que je l'ai tiré de son sommeil: « - Tu ne vas pas pour pleurer!», je me suis ressaisie.
Je marche comme sur un fil pour ne pas verser d'un côté ou de l'autre. Pas mélo-dramatiser, alors que j'attend de rencontrer l'urologue vendredi prochain et que le spectre d'un cancer rode. Voilà un mot que personne ne prononce, hormis l'infirmière stagiaire à la clinique. Pas inconsciente non plus, comme je me sens très bien et que je ne crois pas que ça n'arrive qu'aux autres.
Sur la jaquette du livre «Océan Mer» d'Alessandro Baricco que j'essaie de lire, à l'endos, on retrouve ces quelques lignes: « - Quelquefois je me demande ce que nous sommes en train d'attendre. Silence. - Qu'il soit trop tard, madame.»
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