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Début de semaine vite passé. Visiter mon père. J'étais accompagnée de mon plus jeune fils. Passer quelques heures en tête à tête avec ce dernier. Passer une demie-journée avec ma mère à sa maison de convalescence. L'aider à prendre une douche. Regarder son corps comme si je regarderai la mienne dans vingt-cinq ans: un dos intact, un devant zébré d'opérations diverses et le ventre distendu par plusieurs grossesses. Rien ne représente mieux un destin de femmes, génératrice du futur des humains.
Hier j'ai cuisiné ce plat, que dis-je, cette grosse marmite de porc caramélisé. Avec bien ses douze oeufs durs, insistait mon frère. La veille, j'avais mariné des légumes verts, mustard greens, je n'aime pas la traduction de feuilles de moutarde.
Aujourd'hui, nous sommes chez mes parents, alors que ni l'un ni l'autre n'y habite. Avec mes deux soeurs et mon frère, nous avons nettoyé la maison, y mettre un peu de vie avant de préparer l'autel des ancêtres et faire les offrandes pour clore l'année du Serpent qui se termine à minuit. En comité restreint ainsi, ce qui nous arrive pas très souvent, nous avons mangé ensemble et discuté à bâtons rompus. Rien à faire, le sujet principal est toujours l'état d'esprit de ma mère et son devenir immédiat. Sera-t-elle mieux dans un centre comme celui-ci où elle socialise bien avec les autres, ou devra-t-elle retourner chez elle où elle sera plus isolée et tributaire de l'assiduité et de la présence de ses enfants, et petits-enfants? Encore heureux qu'elle en a, des enfants et petits-enfants!
Il s'avère que ma grosse marmite de porc et ses douze oeufs a bien fourni un plat plus que présentable sur la table des offrandes et nourri la demi-douzaine de personnes présentes ce soir, mais pour la grosse réunion familiale dans deux jours, comment allons nous sustenter tout le clan?
Allez, demain, je vais acheter trois fois plus de viande et trois douzaines d'oeufs. Demain, entre le taï chi et ma réunion des affaires d'éthique. Si je peux trouver une épicerie orientale ouverte le premier jour de l'année du Cheval! Je cuisinerai en soirée. Cuisiner le premier jour de l'an ne me dérange pas, puisque je cuisine tout le temps de toute façon.
Par contre, là, tout de suite, avant minuit, je vais me dépêcher d'aller prendre ma douche pour me «laver» de l'année qui passe, à fin de mieux accueillir la nouvelle. Lui sortira de la maison à minuit pour être le premier à entrer dans la maison dans la nouvelle année. Quelques superstitions, ou traditions, ne font pas de mal, n'est-ce-pas?
Il faut bien que je fasse venir le livre de Patrick Fermi. Pourquoi faut-il toujours emprunter un regard et des mots du dehors pour expliquer le dedans? Peut-être que l'émotion imbriquée du dedans rendrait les explications confuses, ou non crédibles?
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