09 Juillet 2013
Le tour de la vie en un jour

Hier matin, à jeun, j'allais à une prise de sang. Jusqu'à la dernière minute, j'hésitais. Dois-je me présenter à l'hôpital habituel ou le nouveau, nouveau pour moi mais décrépi. Par curiosité, pour «l'expérience client». J'étais servie! La technicienne a dû me piquer trois fois pour prendre cinq petits tubes de sang. L'expérience s'est passée en deux heures. Une seule toilette en fonction sur deux étages, d'où la file composée de personnes pressées de se soulager et d'autres qui jonglaient avec la pensée de ne pas en produire assez pour l'échantillon.

Avec Lui, nous avons cherché ma mère ensuite. Je n'étais pas inquiète, mais il faut bien la chercher pour la retrouver deux heures plus tard. Entretemps, nous sommes allés voir mon père qui n'a pas changé. Mon tigre de père est aujourd'hui plus doux qu'un chaton. Il m'arrache des larmes. Je disais à Lui qu'il faut que je sois plus brave pour affronter mes émotions et venir plus souvent. Plus vaillante aussi pour faire ce détour chez celui qui ne m'attend pas. Je ne crois pas qu'en multipliant mes visites, en plus de celles des autres, nous arriverons à préserver des lambeaux de mémoire. Ses réponses ou énumération des noms de ses enfants par exemple ne sont que des réflexes conditionnés et non conscients. Il paraît aussi que la présence plus grande de la famille motive des soins plus attentionnés du personnel. Je n'y crois pas.

En somme, la visite d'un malade, ou le passage à un hôpital, ou l'événement d'un catastrophe naturel ou accidentel, cause la même réaction sensible: sentiment d'impuissance, de fatalité et de confrontation à notre propre fragilité.

Tout l'après-midi, les mots se bousculaient dans ma bouche. J'avais envie de réunir mes enfants pour leur dire que si un jour sera mon tour, il faut me laisser dépérir en paix, inutile de trainer un bagage de culpabilité puisque la vie continue hors de moi et loin de moi. Ma vie est en eux, j'en est la certitude, d'ores et déjà.

Quand au présent de ma vie, j'y goûte et je l'embrasse. Hier soir donc, souper à l'extérieur. Je voulais manger une crêpe, ce sera une galette bretonne au sarrazin. Nous sommes allés à La bulle au Carré pour la première fois. Il y a longtemps, c'était un petit restaurant où nous avions appris à manger nos premiers shistaouk. Le «Carré» c'est bien sûr le Carré Saint-Louis.

Aujourd'hui, je me suis recentrée. Ménage dans la cuisine, dans les tiroirs de garde-manger. Cuisiner. Ménage dans les bonsaïs aussi. Le Grewia est au plus mal. Ses feuilles tombent comme pour un automne précoce.

Visite au coiffeur et flânerie au Centre Rockland. Trouver une paire de souliers noirs, à talon compensés, une autre paire de marche. Et de la crème Shiseido. Après-midi pour moi, rien que pour moi.

hier consulter les archives demain

retour à la page principale