25 Juin 2013
En traversant le fleuve

Hier, jour de congé. Les heures creuses pesant plus qu'il n'en faut, Lui a décidé de partir en décapotable faire la tournée de ses «dossiers», histoire de constater de visu des différents travaux effectués ici et là. Je l'accompagnais bien sûr.

Temps orageux et capricieux, soleil plombant ou chorégraphie de nuages et averses, nous faisions le tour de ville en bolide nerveux. Quelques arrêts planifiés, les festivités de la Saint-Jean dans les quartiers semblent absentes. D'ouest en est, le long du fleuve, des gens au ralenti profitaient des coins d'ombre. Pas de zèle sportif, patins à roues alignées ou vélos, pourtant la piste cyclable est belle. Un temps si variable ne favorise pas les plans de loisir en plein air.

Nous passions voir ma mère chez elle, ombre légère et de plus en plus effacée. Je suis plus qu'inquiète et songe à une convocation de conseil familial. Mais est-ce que nous avons un plan de rechange, mis à part le fait d'attendre l'évolution de son état? Revenir sous l'averse. Lui constate l'adhérence de ses pneus bien adaptés à la pluie. J'attends moi le lendemain ...

Aujourd'hui, jour d'entrer en action. D'abord, prendre le pouls de fifille et de sa petite famille qui sont bien rentrées hier soir, mais tard. Le pouls de deux collègues aussi. Oui, je teste toujours la température de l'eau, en prévision d'un climat de négociation, collaboratif ou offensif. L'été aidant, ils sont plutôt assoupis. De ce matin à ce soir, leur attitude a changé. Les vacances approchant, pour moi mais probablement pour eux aussi, ils ont compris que je suis peut-être leur espoir du jour et de cet entre-deux saison. Il y a dix jours, j'étais comme l'intruse dans leur plate-bande, ce matin un mal nécessaire, mais ce soir, une alliée très acceptable par temps qui court. L'un m'a parlé d'un ton très copine-copine, l'autre s'est déplacé ... Mais, je ne négocie pas encore, du moins officiellement. Je me dévoile sciemment, vérifiant quelques assises en vue d'un croisement de fer possible.

Ce soir donc, j'étais dans cette banlieue de la rive sud, si loin mais si près de ma ville habituelle. En attendant l'heure de rendez-vous, je reprends comme la dernière fois un café et une pâtisserie au même endroit. En plus des comptoirs réfrigérés pour plats cuisinés et gâteaux, il n'y a que trois petites tables et trois petits vieux, anglophones et probablement natifs du coin. L'un lisait avec application un livre que sa fille trouvait drôle, disait-il, l'autre couple révisait leurs différents rendez-vous de médecins spécialistes, d'ici l'an prochain. Avec ma tête de vieille chinoise gourmande, j'occupais la troisième table bancale. Au comptoir de service, entraient tour à tour des clients plus ou moins familiers du commerce. D'abord, une petite femme, employée de bureau sans doute, qui voulait une salade de thon, prête pour le lendemain matin, disait-elle. Ensuite, un homme d'une trentaine d'années qui choisissait avec soin un gâteau qui devrait remonter le moral, disait-il, de quelque parent immobilisé pendant quelques semaines. J'imagine un père ou une mère en convalescence après une opération. Venaient ensuite, un père blond roux et taches de rousseur et ses deux enfants basanés aux traits asiatiques. La petite faisait une moue renfrognée et boudeuse en me regardant. Le petit se faisait soulever par son père pour voir et choisir son gâteau d'anniversaire. Sept ans, disait-il, un petit sept ans, ses gènes orientaux obligent. Complétaient le tableau, la boulangère débonnaire en vêtements blancs défraichis et le pâtissier sortant de ses fourneaux, cheveux humides et chandail taché.

Mon dossier a avancé d'un tout petit pas ce soir. Je ne suis pas près de ne plus revenir dans cette banlieue. J'aime beaucoup sa rue principale, sous ses atours biculturels et ses vitrines élégantes. J'ai trouvé dans cette quincaillerie locale les fluorescents à large spectre pour les bonsaïs que j'ai soigneusement arrosés avant de partir de la maison.

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