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Ce ne fut pas un problème du tout de faire une grosse marmite de phở, avec trois poulets et une bonne réserve de pâtes de riz. Sans parler de tout le reste. Mais fifille et sa petite famille vont en Abitibi visiter des amis et mon idée d'inviter quelques personnes à ma maison du nord a tourné court, alors le phở et le reste sont partis doucement.
Vendredi soir, une amie est venue souper. Samedi matin, un frère a amené notre mère. Quelques heures plus tard, au tour des trois fils. Il ne me reste que le tiers qui attend peut-être le retour de la petite famille. Voilà pour la soupe. Quand à nous, désoeuvrés, il a fallu nous forcer un peu pour partir à la campagne. Toujours ce tiraillement, comme si il faut toujours avoir quelqu'un pour être utile, pour partager, Lui une bière, moi un bon plat cuisiné.
Mais être seuls à notre maison du nord a cet effet immanquable de casser la routine, de nous calmer et aussi de dissiper les quelques nuages qui parfois voilent notre ciel de vie de vieux couple. Comme hier soir. Notre pas de deux quelque peu déphasé se traduit par des détails anodins. Lui voulait manger des cuisses de poulet au four mais ... je les avais données à fiston, gardant les hauts de cuisses sans peau grillés pour nous. Alors il tient à marquer le point en passant au marché pour acheter SES cuisses et les préparer pour les mettre lui-même au four. Évidemment qu'il a mangé son poulet. Pas moi, moi qui n'en peux plus de manger du poulet, toujours le même. D'ailleurs, je n'ai même pas soupé, n'ayant rien apporté du frigo de la ville. Je comptais sur l'envie du moment, ou même un repas sans façon que je n'aurais pas à apprêter, cuisiner et servir.
Un bon feu de foyer, une bonne nuit de sommeil plus tard, aujourd'hui j'ai entrepris de classer les livres tout en m'arrêtant souvent pour lire quelques pages ici et là. Je ne suis qu'à la lettre D en classement dans les rayons par ordre alphabétique de noms d'auteurs. Mais je tiens toujours regrouper à part les journaux et les carnets. Bouquinant ainsi dans mes propres rayons, je découvre Helen Hessel et Henri-Pierre Roché, protagonistes de «Jules et Jim», porté à l'écran par François Truffaut en 1962. Imaginez que j'ai leurs journaux, d'une magnifique édition.
Que d'autre livres que j'ai dépoussiérés et redécouverts! Que de petits projets, et de grands, qui me titillent et qui me balancent leur plan d'action au visage! Ce n'est que ce soir, en voyant de beaux clichés de la pleine lune à la télévision que je réalise qu'elle en est responsable, du pas de deux déphasé, comme de ma créativité débridée!
Lui dans le calme ambiant, son téléphone intelligent muet pour une fois, savourait de la belle musique classique, de bons concerts de violon, étendue dans notre grande chambre-boudoir du haut. Je n'étais qu'à cinq pas, de l'autre côté du seuil, allant et venant entre les rayons. Ou assise, feuilletant un livre ou un autre. Paix en ma demeure, malgré l'air humide et un ciel chargé de pluie.
De retour en ville spécifiquement pour aller au Centre Phi. Mais c'est complet pour le film dans la petite salle, tout comme pour jeudi prochain, pour une avant-première. Même la Maison du Macaron est fermée, moi qui en voulait et aussi pour Lui en faire goûter.
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