24 avril 2013
Un mois raccourci, un livre écourté

Rendez-vous pris avec la cousine de Fort Myers. Tout comme pour nos deux couples d'amis, le premier plus au nord, l'autre plus au sud de notre point de chute. Lui anticipe déjà les distances et les déplacements mais ce ne sera jamais comme de Saint-Clair à Nice, aller retour le même jour, il y a trois ans.

Il faut bien nous secouer un peu pour les derniers préparatifs, non pas pour la seule valise que nous partagerons, mais pour partir l'esprit tranquille. En étant très casanière les derniers mois, j'ai l'impression de ne pas voyager depuis longtemps, pourtant je suis revenue de France il y a moins de trois mois et du dernier long voyage depuis tout juste quatre.

J'ai bien dégagé mon bureau et déposé la caisse de livres et magazines au Chaînon. Mais j'ai commandé en ligne d'autres livres, plus près de mes intérêts actuels évidemment.

Garder la bébé un peu cet après-midi. Jongler toujours sur l'entretien des bonsaïs. Entretien saisonnier seulement, fertilisation et sortie à l'extérieur. Je m'imagine charger mes trois bonsaïs sur un chariot et les amener au parc en face, comme on promènerait des bébés. Déjà, je redoute les coups de vent traîtres qui s'engouffrent entre les bâtiments ... L'érable sort de dormance en flèche, arborant ses feuilles vert tendre. Il s'en fout lui de son pot en plastique indigne d'un bonsaï.

Envie de passer à un autre livre que les lettres de Simone à Nelson. Maintenant que je suis bien convaincue de l'amour réel qu'elle lui porte, mais un amour raisonné par un étrange ménage à trois, je suis arrivée sur cette lettre du 19 juillet 48: « ...je ne serais pas la Simone qui vous plaît, si je pouvais renoncer à ma vie avec Sartre, je serai une sale créature, une traitresse, une égoïste. Cela, je veux que vous le sachiez, quoi que vous décidiez dans l'avenir: ce n'est pas par manque d'amour que je ne peux rester vivre avec vous. Et même je suis sûre que vous quitter est plus dur pour moi que pour vous, que vous me manquez de façon plus douloureuse que je ne vous manque; je ne pourrais vous aimer davantage, vous désirer davantage, vous ne pourriez me manquer davantage. Peut-être le savez-vous. Mais ce que vous devez savoir aussi, tout prétentieux que ça puisse paraître de ma part, c'est à quel point Sartre a besoin de moi. Extérieurement il est très isolé, intérieurement très tourmenté, très troublé, et je suis sa seule véritable amie, la seule qui le comprenne vraiment, l'aide vraiment, travaille avec lui, lui apporte paix et équilibre. Depuis presque vingt ans il a tout fait pour moi, il m'a aidée à vivre, à me trouver moi-même, il a sacrifié dans mon intérêt des tas de choses. À présent, depuis quatre, cinq ans, est venu le moment où je suis en mesure de lui rendre la réciproque de ce qu'il a fait pour moi, où à mon tour je peux l'aider, lui qui m'a tellement aidée. Jamais je ne pourrais l'abandonner. Le quitter pendant des périodes plus ou moins longues, oui, mais pas engager ma vie entière avec quelqu'un d'autre.»

Pour comprendre ce qu'il en est de ce rapport entre Sartre et le Castor, il faut donc lire ceci. Et conclure qu'en ce qui me concerne, je suis bien bourgeoise!

Maintenant que j'ai feuilleté par deux fois le reste de la correspondance de Simone à Nelson, je vais probablement passer à autre chose au retour de Floride.

hier consulter les archives demain

retour à la page principale