06 août 2012
Passé présent

Aujourd'hui, mon père a 86 ans. Hier, par temps orageux, sous une chaleur humide et écrasante, nous l'avons fêté chez ma soeur de la rive sud. Lui et moi sommes aussi allés chercher sa soeur et ma cousine à Laval. Fait d'exception, mes parents et leurs neuf enfants sont tous réunis. La séance de photos de nous onze est donc l'événement incontournable. Pour l'occasion, tous les autres membres de la famille sont comme oubliés, sauf pour la petite, la plus jeune membre du clan.

Aujourd'hui, j'ai fait la tournée au centre-ville. Me réapprovisionner en médicaments, déjeuner avec fifille à l'ombre de son bureau, acheter des billets de concert en plus pour la visite de sa cousine à Lui qui viendra en novembre, de Saskatoon. Et visiter fils premier chez lui, dans cet appartement haut perché, aux planchers inclinés, là où il fait trop chaud en été et trop froid en hiver. Un repaire de gars célibataires, en somme.

J'avais tout mon temps, le nez en l'air, le doigt prompt sur l'appareil-photo, contente de regarder ma ville en touriste. Ou non, pas en touriste, mais comme celle qui revisite sa ville avec flashback.

Dans ce grand bâtiment étroit travaille fifille aujourd'hui. Dans le petit bâtiment juste à côté, il y a 35 ans, son père et moi, nous nous sommes trouvés. Il y avait un restaurant dans cette ancienne demeure bourgeoise, la maison William Dow. Cet emplacement est devenu la Place de Frère André.

De retour dans mes quartiers, j'ai le sentiment de me retrouver en banlieue, même si je suis toujours sur l'île de Montréal.

Étrange impression de revivre toutes mes vies quand je parle avec ma cousine du Viêt-Nam. Comment se raconter nos vies après quarante ans de séparation. Faut-il actualiser des moments mois heureux? Prise dans ce labyrinthe, je reporte encore le jour où j'irai la chercher pour que nous puissions nous parler seule à seule. Mais je dois me hâter puisqu'elle va quitter pour repartir chez elle bientôt.

Parallèlement, j'ai une liasse de vieilles photos de mauvaise qualité qui appartiennent à mes soeurs, la swami et celle qui vit en marge de ce monde. Hier, je les avais avec moi mais je n'arrive pas à me résoudre à les redonner, ni à l'une ni à l'autre. La première a définitivement changé de vie. Pour la seconde, je crains de raviver de mauvais ressentiments. Je suis encore prise à décider quoi en faire. Les détruire ou les ré-enfouir dans un tiroir obscur? Dilemme.

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