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Un jour neuf devant moi. J'avais repris la lecture de Au zénith de Duong Thu Huong, lu au quart, il y a quelques mois. Pour une fois, je n'avais pas à relire la première partie, les intrigues étant restées bien claires en ma mémoire. J'y replonge cette fois-ci avec un esprit différent. Comme si je suis désincarnée de mon coeur de vietnamienne soumise au poids de son histoire et de ses personnages plus grands que nature. Ainsi plus libre, je lis ce livre à la manière de tout autre roman historique, avec sa part de personnages qui ont vraiment existé et sa part de fiction brodée par une plume.
Va-et-vient donc, hier, entre les pages de ce livre, les journaux, et quelques détails pratiques. Comme l'épicerie plus sérieusement, pour la première fois depuis le retour. Faire l'épicerie veut dire cuisiner bientôt. Simplement. Concertations avec mes soeurs aussi pour ce qu'il faut pour mon père et ma mère. Mes frères sont comme absents, surtout laconiques, moins articulés.
Aujourd'hui, j'avance à grands pas dans ce livre, par moments agacée par le sentimentalisme qui abonde. C'est un caractère très vietnamien que tout ce verbiage sirupeux. Mais ce roman à caractère politique s'apparente à un règlement de comptes. Je me suis surprise à me demander ce que cette écrivaine peut encore pondre après ce roman d'importance.
Ce matin, les émondeurs sont venus au coin de ma rue. Spectacle que j'assiste de ma fenêtre, comme un enfant curieux. Un vieil enfant avec son café froid à la main. Il y a deux jours, mon père, dans son délire, répétait sans cesse: Sally, quand tu étais née je ne sais pas quel âge tu avais. Je t'aimais tellement, je te prenais tout le temps dans mes bras. Tu pleurais ... Maintenant, quel âge as-tu? Soixante? C'est beaucoup, soixante! Trente secondes après: Sally, quand tu étais née je ne sais pas quel âge tu avais. Je t'aimais tellement, je te prenais tout le temps dans mes bras. Tu pleurais ... Ainsi douze, quinze, vingt fois en moins d'une heure. Parallèlement, il ne comprenait plus la notion de Mère, ou d'Épouse, la prenant pour une autre de ses filles.
Dans le contexte, tout ce que je me suis dit c'est de ne pas entrer dans la dynamique chargée de sens des paroles de mon père, sinon j'aurais perdu toute ma sérénité. Imaginez le tableau! De la profondeur abyssale d'une mémoire en lambeaux, dans la tête d'un vieillard de quatre-vingt cinq ans, il subsiste l'impression d'un jeune père avec sa première née dans les bras. Quinze minutes plus tard, je lui donnais à manger, à la petite cuillère, comme à un bébé. Moi, son bébé, il y a plus d'un demi-siècle!
Cet après-midi, une de mes soeurs et moi, avons flâné au Musée des Beaux-Arts, puis dans un café, nous disant qu'il faut en profiter d'un peu de temps libre. Bientôt, d'autre frères et soeurs seront en vacances, nous écoperons de la surcharge de présence auprès de mes parents, nos grands enfants devenus.
Ce soir, dernière pièce bien tardive de la saison culturelle régulière, Les Fourberies de Scapin, au Monument-National.
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