16 février 2011
Les fantômes

Après trois jours sans descendre du perchoir, aujourd'hui, c'est le plongeon dès le petit-déjeuner dans la foule. L'eau n'était pas trop froide. Échanges sérieux, sujets d'affaires, perspectives économiques.

Bizarrement, dans l'assemblée de ce matin, il y avait deux personnes qui ressemblent à s'y méprendre avec deux hommes qui ont déjà travaillé avec moi il y a plus de vingt ans. Pendant un certain temps, c'étaient presque des amis. J'ai pensé ce matin titrer l'entrée du jour, «Les fantômes» en référence à eux. Mais je ne pensais pas si bien faire! Avec ce qui s'en suit, les fantômes seront plutôt moi ou les miens un jour devenus ... l'ombre de nous-mêmes!

En sortant, nous sommes directement allés visiter mon père, sa résidence étant dans la même région. Il était calme, assez lucide. Avec un gros bleu tournant au jaune sur le côté droit du cou. Au téléphone, ma soeur a confirmé qu'elle a été avertie. Il a encore tombé du lit. Je me souviens, il y a quinze ans, on attachait ma belle-mère par ses deux bras sur le lit pour qu'elle ne tombe pas. Mais elle était plus confuse ...

Si je ne me retiens pas j'écrirai sur le pot de crème contre plaies de lit, sur l'alèze qui a fait son apparition par-dessus sa douillette, etc... Une façon de regarder en face la maladie et ses déchéances, une maladie qui affectera un nombre galopant de personnes puisque la société vieillit.

Il y a deux jours, la vue de la lettre écrite de la main de Ronald Reagan en 1994, annonçant sa maladie m'a beaucoup touché.

Et puis, en après-midi, c'est le face-à-face que je n'ai pas redouté comme tel, sans le souhaiter non plus. Cela s'est bien passé. Disons que Lui et moi sommes restés sur le neutre. Cette histoire se passera ou ne se passera pas, nous verrons bien dans environ un mois.

Ce soir, je suis retournée au perchoir, pleine et vide. Je m'entend encore parler à ce client à mon rendez-vous de 5h. Dire ce que j'ai à dire dans les circonstances, tout en me dissociant de moi-même. Moi dans mon rôle et moi qui me regarde jouer mon rôle.

Je ne pensais pas un jour me voir ainsi: ne pas être entière dans ma façon d'être. Au fait, en se mettant face à ses fantômes, la vie matérielle y perd de son sens. D'où détachement. Mais je suis loin de remonter les sources des Nobles Vérités.

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