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Hier, c'était la journée de flânerie par monts et par vaux mais en ville. Sous prétexte d'avoir tout notre temps, il me semble que Lui rallonge le chemin et prend des détours. L'excuse étant que cela nous fait revisiter ainsi des coins oubliés, des quartier connus il y a bien quinze, vingt, vingt-cinq ans. Aujourd'hui, j'ai remarqué que nous faisons la même chose en conversation, avec tierce personne. Nos références remontent à loin donc, voilà un signe que nous vieillissons et rejoignons le rang de ceux qui se sentent toujours comme si c'était hier un monde révolu. Vous connaissez peut-être ce monde-là où, lorsque l'on s'éloignait du bureau, il faut garder une provision de pièces de vingt-cinq sous pour téléphoner de la cabine publique la plus près. Ensuite quand on revenait au bureau, c'est la petite liasse de petits messages roses remise par la réceptionniste qui attestait de votre importance. De nos jours, il suffit de dégainer le blackberry ou l'iphone d'un geste décontracté ...
Hier encore, luxe et plaisir coupable d'avoir acheter le journal Le Devoir, édition weekend, version papier, que je feuillète de la dernière page à la première, pigeant dans les mots, sautillant de paragraphe en paragraphe, comme un enfant capricieux qui picore dans son assiette ou farfouille dans son coffre à jouets.
Mais hier soir, revenir à ma cuisine de famille nombreuse, avec en tête, d'une part les fils, d'autre part les parents. Entre les deux, comme je cuisine, Lui se plaint qu'il mange encore trop. Vivement que je parte en voyage pour qu'il retrouve ses repas très, mais très monotones.
Chez Jean-Duceppe, baptême de saison avec une pièce qui nous a renversés. Catherine-Anne Toupin nous a pris de court, comme auteure d'abord, comme comédienne ensuite. Même si la pièce «À présent» n'est pas neuve, son secret est bien gardé jusqu'à hier, dans mon cas, pour toujours, dans le vôtre, si vous n'allez pas la voir. Elle sera en tournée à travers la province, heureusement.
Aujourd'hui, petit rendez-vous de travail. J'ai ressorti mon cartable rouge sans en vérifier le contenu. Il n'a pas bougé de son coin depuis bientôt deux mois. Alors que j'effectue des recherches et échange avec des clients par voix électronique, avançant ainsi sur des pistes sans en arriver aux dossiers négociés, le cartable attend patiemment, comme Jolly Jumper attend son Lucky Luke.
Alors que j'ai même raté, il y a quinze jours ma crème de carottes, je me relance, c'est décidé. Ce soir, un fils, ou deux, ou tous les trois, viendront souper, avec une copine, ou deux, je n'ai pas de confirmation encore, mais quand même. Chaudrée de palourdes, gratin de brocolis, ragoût de boeuf aux patates douces et carottes, linguine aux crevettes à la sauce rosée. Évidemment que je ne sers pas tous ces plats ce soir. Il en faut pour mes parents demain aussi.
Ah, ce soir, j'ai mal aux jambes à force d'être debout dans la cuisine. Très agréable souper et charmante conversation. Pour une fois, les fils parlent eux-mêmes de leurs cours et même de leur session prochaine.
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