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J'étais partie avec mon mini. Malgré toutes les heures en avion et en aérogare, impossible d'écrire sous le regard de ma mère. Décidément cette activité est une routine de solitaire. Mais j'ai quand même écrit ce qui suit, dans un caractère si petit, pour qu'elle ne puisse pas me lire du siège voisin, que j'ai eu des yeux qui larmoient et que le steward est venu me demander comment je peux fonctionner ainsi!
9 juillet: Partir de la maison à 3h du matin. Dans l’air immobile, tout semble irréel. Dernière vérification, j’ai tout ce qu’il me faut ... jusqu’à ce que je réalise en voiture que je n’avais pas amené mes clés donc ne pourrai pas entrer chez mes parents en douce. Énervement.
Arrivés devant la maison, il faut bien téléphoner à mon frère. Ma mère est prête. Nous partons. Mon père dort. Sur la route de l’aéroport, soulagement. Je ne sais pas pourquoi, ce voyage ne semble pas être une partie de plaisir mais une tâche à accomplir.
Escale à Minneapolis, Minnesota que je ne connais pas. En changeant de terminal et d’avion, je retrouve la silhouette de ces américains si grands et parfois si ... gros. Et leur tenue si désinvolte, comme si ce sont de grands enfants, à l'aise dans leur arrière-cour. Dans cette librairie d’aérogare, j’expliquais à ma mère le kindle que je voyais de près pour la première fois.
J’ai toujours trouvé que les heures d’attente dans les aéroports se passent vite. Pourtant, je ne lis pas, ni n’écris, du moins cette fois-ci. Peut-être que le fait d'observer les autres et d'imaginer leur vie est une activité en soi. Ma mère dit qu’elle a perdu la mémoire du dernier voyage qu’elle avait fait en avion, il y a environ trois ans.
À Fort Myers, Florida, sans surprise, ce fut ma soeur et son mari, descendus de Montréal trois jours avant nous, qui sont venus nous chercher. Comme prévu, chaleur, moiteur, palmiers et étalement urbain.
Retrouvailles entre ma mère et sa grande soeur, but ultime de ce voyage. À un autre niveau, je retrouve mes cinq cousines, dont quatre à leur retraite, incluant la dernière qui vient de déménager du Maryland. C’est donc chez elle que nous sommes.
Ce même jour, la plus vieille de mes cousines fête ses soixante-dix ans. Elle a avec elle, son mari, deux de ses enfants avec leurs conjoints que je rencontre pour la première fois, et deux de ses petits-enfants. Je me prête de bonne grâce à cette ambiance bon enfant. Copieux repas, gâteau au chocolat, ballons soufflés à l’hélium, photos de circonstance. Je suis contente d’avoir rempli la moitié de ma valise de friandises.
Un petit tour de la maison spacieuse achetée pour un prix dérisoire, compte tenu de l’état du marché américain. Ma soeur aussi y cherche une propriété comme placement.
Cette nuit, je dormirai dans la grande chambre, non pas sur le lit avec les deux vieilles dames mais à leur côté, sur une couche aménagée à même le sol, assez confortable. Dans la même chambre, à l’autre coin, une cousine de Californie. Au coin opposé, les maîtres des lieux, ayant cédé leur lit, se sont préparés une autre couche. J’imagine la même installation dans les trois autres chambres à l’étage. Évidemment, la maison est climatisée et de tout conforts.
Les deux jours suivants furent conviviaux. Repas autour de la grande table, ou attroupement devant la télé pour suivre en cascades des épisodes d'une série coréenne doublée en vietnamien. Bref coup d'oeil à la plage qui n'intéresse personne, même pas ma mère. Pourtant, c'est l'un des objectifs de ce voyage. Une seule séance de shopping où j'ai trouvé deux robes, un pantalon et ... la coutellerie pour mon fils. Une tournée des propriétés en vente pour ma soeur dans la voiture d'une «realtor». Une seule promenade à pied dans l'enceinte du quartier résidentiel, «gated community», comme on dit.
Lundi, le jour du retour, il y a eu des retards de décollage et un détour de l'itinéraire. À Minneapolis, nous avons eu recours aux voiturettes électriques disponibles aux personnes âgées pour attraper notre correspondance, en saisissant au passage une salade de fruits et des croustilles. En vol, les compagnies ne nous nourrissent plus, c'est connu. Arriver vers minuit chez mes parents, maman s'est glissée en douce à l'étage. Il paraît que ce n'était pas trop difficile pour mon père.
À la maison, lui a négocié et complété la deuxième phase du dossier que je lui ai laissé. J'en suis bien contente, moi qui ne pense plus qu'à aller assister fifille dans sa «traversée en cale sèche», vượt cạn, une expression vietnamienne évoquant les affres d'un accouchement.
De retour chez moi, je retrouve avec plaisir café noir sans sucre et silence. Et un régime alimentaire plus spartiate. Il était temps.
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