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Nous avons réglé le compte du casse-tête, les Tournesols de Van Gogh, en moins de vingt-quatre heures. Ce fut un charme de passer du temps avec fifille, dans sa maison lumineuse. Elle, pleine et heureuse, moi, entre deux mondes. Au fait, je suis souvent entre deux mondes. Le vietnamien, le québecois. L'actif, le contemplatif. L'émotif, le cartésien. Le frondeur, le timide. En jonglant entre mes mondes, je suis consciente de manquer parfois le plaisir d'avoir les deux pieds plantés à la même place!
Voir fifille avec ses semis et son futur potager. La regarder en jeune couple circulant dans les serres de la pépinière, identifiant les futurs plants qu'ils vont acquérir. La laisser me servir des plats cuisinés de son cru. Me rallier à son recyclage, son compost, ses gestes «verts» ménagers, ses achats réfléchis et responsables. Ce fut reposant et rafraichissant. Sans compter son ventre rond et l'avenir qui s'y dessine.
Je suis revenue par le bus de l'après-midi au lieu de celui de la nuit. Le même resto de la halte m'a servi un spaghetti si salé et infecte que j'ai regretté de l'avoir avalé quand même. J'ai eu soif et les chevilles enflées, les longues heures de bus et la chaleur aidant. Le bus, comme une anguille, a pénétré dans la métropole par la rue Saint-Denis du nord au sud. La circulation s'est corsée à vue d'oeil, à l'approche de l'intersection Saint-Denis Mont-Royal. Le contraste est flagrant. En traversant la réserve faunique de la Vérendrye, je voyais lacs et rivières, dans le parc du Mont-Tremblay, le panorama montagneux était majestueux. Montréal fut donc populeuse et trop bruyante. Mon retour fut donc maussade.
Lui qui est venu me chercher au terminus, lui qui n'a jamais compris le plaisir escompté d'un visage aimant qui attend à l'aéroport, à la gare ou au terminus, n'était évidemment pas là. Trimballer mes sacs, partir du quai 11 jusqu'à la rue, sortir dans la chaleur, me mettre au même coin de rue où il m'avait laissée soixante-trois heures plus tôt. Me planter juste à côté d'un matelas placé par un itinérant se préparant pour sa nuit. Lui téléphoner. Dégrisant comme retour, hier soir.
Aujourd'hui, saut de puce tôt chez mes parents. Heureusement, l'autoroute métropolitaine était assez vide pour cause de congé férié. Départ au camp de jour pour mon père. Petit marché avec ma mère. Vif retour vers chez moi pour repartir à une réunion-lunch dans la banlieue au sud-ouest de Montréal. Traverser le pont Mercier. Revenir par le même chemin, juste à temps pour un rendez-vous d'affaires. Un dossier avance cahin-caha, déplaisant tout juste assez, sous le vernis de la civilité.
Comme je suis inquiète de la tenue de mes parents laissés à eux-mêmes ce soir, lui et moi sommes repartis, traversant la ville jusqu'à chez eux. Ils ont mangé à peine, sans avoir pris leurs médicaments, sans boire malgré cette chaleur, sans allumer leur climatiseur. J'ai complété leur repas, nous mangions un restant de salade et puis vite, nous sommes repartis vers l'autre bout de la ville, à notre séance d'exercices!
Ce soir, j'ai retrouvé ma sérénité, reprenant les plis, bons ou mauvais, de la ville. Citadine je suis, malgré tout. Ne pas confondre lassitude d'une vie laborieuse et lassitude d'une vie urbaine, même si les deux sont tributaires l'une de l'autre. Demain est un autre jour ... occupé!
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