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Il ne faisait pas beau au cours des derniers jours mais ce n'était pas du mauvais temps pour moi puisque j'étais au chaud, entourée de mes enfants. Première soirée tranquille à manger et à échanger, malgré un fond de fatigue. Les fils m'ont acheté un jolie bouquet pour la fête des Mères.
Le lendemain, j'ai eu une matinée de réunion qui n'a pas entravé le plaisir familial. Après-midi en balade malgré une température changeante. Moi qui était partie avec des sandales! Heureusement, je ne me suis pas encore séparée de mon béret et de mon châle. Visite curieuse au nouveau casino du Mont-Tremblant, sans jouer du tout. Je prenais plutôt des photos, discrètement.
Cette fin de semaine, nous avons entièrement mangé à la maison, nous débrouillant avec ce que nous avons apporté, improvisant même. Le changement de routine fut bénéfique.
Sur le chemin à l'aller, il y a trois jours, lui et moi sommes arrivés d'accord pour le projet de nous faire bâtir une maison d'ici cinq ans. La maison de nos vieux jours n'a jamais été aussi claire et nette dans nos pensées. Je la dessine déjà depuis quelques temps et je peux la décrire dans ses composantes.
Ce matin, me levant avant tout le monde, j'ai entamé et fini de lire «Ru» de Kim Thúy. J'ai vu cette jeune femme dans deux reportages télévisuels différents. Sur sa page facebook vous trouverez bien plus que ces deux reportages. Je l'avais contemplée d'un regard dubitatif et circonspect, malgré ses prix littéraires et son parcours éclaté. J'étais, avouons-le, peut-être un peu jalouse de son succès d'écriture, peut-être un peu sévère face à une autre, plus jeune, plus jolie, plus débrouillarde. Une chose est certaine, nous ne sommes pas de même génération. Elle est plus «neuve», plus libre. Je suis plus «marquée» par l'avant.
Pour revenir à ce matin, les premières pages de sa première oeuvre, une autofiction, m'ont arraché de grosses larmes. Les mots incisifs et les phrases agissent comme des traits de pinceau magnifiquement exécutés. Une fois l'effet-surprise passé, j'étais simplement curieuse d'essayer de distinguer la part de fiction de la part probable. N'empêche qu'elle fut forte cette plume de percer là où bien d'autres sèches. Peut-être justement parce qu'elle ne décrit pas, ne s'embarrasse pas du véridique. Elle ne fait état que des ambiances et des sens, frappant notre imaginaire là où nous pêchons nos souffrances et notre noblesse: les sentiments de mère, les méandres des racines, l'innocence des enfants, la précarité des déplacés, la valse des rapports hommes-femmes. Elle dit peu sciemment, notre imagination fait le reste.
Aujourd'hui, sous un décor nappé de blanc, puisqu'il a neigé la nuit dernière, nous sommes revenus passer tout l'après-midi chez ma soeur avec une bonne partie du clan.
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