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Hier, déjeuner chez ma soeur de la rive nord. Formation toujours réduite du clan. Mon rhume sévit toujours, m'épuise et me décourage. Un dossier prometteur est mort dans l'oeuf.
Revenir à la maison comme une épave, agressée par l'éclat du soleil pourtant voilé, par la musique à la radio pourtant douce. Je commence à croire que j'ai maintenant une grippe, à la suite du rhume. Comment expliquer cet état? En même temps, danser avec la toux nuit après nuit, la tromper en restant éveillée sur le net, c'est épuisant comme sport! J'ai envie de rester chez moi le temps que ça dure. Aujourd'hui, j'ai annulé le rendez-vous au dentiste.
Sur Facebook, un ami rapport une citation épineuse, «It's not too late to... ask yourself if you really are the person you want to be, and if not, who you do want to be.» de Morrie Schwartz. Les questions sous-jacentes me taraudent depuis trois jours, preuve que je me les pose tout bas. Et l'ami aussi, évidemment. C'est peut-être la problématique de plusieurs, de notre âge, de ceux qui ont trop de coeur, trop d'ambition. Ceux qui ne se résolvent pas à déposer les armes et se la couler douce.
C'est surtout incongru de se poser ces questions au moment où le corps est faible. Cet après-midi, alors que je pensais pouvoir faire quelques commissions, je me suis sentie si démunie au milieu des allées d'un marché que j'ai eu envie de pleurer. Et incapable de remplir un panier de façon cohérente.
Effort pour faire un souper plus soigné à lui dont c'est l'anniversaire. Déjà que nous ne sortons pas. Mais il s'est acheté un nouvel appareil-photo. Sans grand plaisir, je trouve, puisqu'il attend l'issue d'un dossier délicat. J'avais abordé l'autre jour la question de l'attente sans vraiment aller jusqu'au bout de la question. Attendre c'est subir, c'est être tétanisé devant la situation. C'est vivre le moment présent à moitié, une très mauvaise qualité de vie, en fait. Alors l'on mange, boit, rit sans grande conviction, ou bien si, mais aux yeux des autres. En soi, l'on ne se leurre pas. Du moins pas moi.
Un fils est venu souper. Bel échange à trois sur différents sujets. Jusqu'au moment où nous nous sommes mis à parler de sa procrastination, cette léthargie devant les affaires importantes. Une apparence de celui qui sait où il s'en va d'une part, et de ne pas avoir le coeur au ventre, d'autre part. Faut-il toujours adresser une question? Ou faire semblant de jouer le jeu? Jusqu'où faut-il laisser faire, pour ne pas dire jusqu'à quel âge? On est toujours parent n'est-ce-pas, devant un garçon de vingt-trois ans?
J'étais convaincue d'avoir eu les bons mots, le bon ton. Même si l'échauffement m'a valu des quintes de toux et une voix caverneuse. Mais maintenant, seule au milieu de la nuit, je suis presque peinée d'avoir «brassé la cage» à un fils qui s'en est allé chez lui ensuite, peut-être se morfondre, peut-être se prendre un peu mieux en mains. Suis-je peinée parce qu'il est hors de mes bras protecteurs de mère, parce que je crains de l'avoir mis face à lui-même?
Je sais au moins que le laisser faire appliqué en tout temps n'est rien qu'une abdication, une insulte à l'intelligence. S'il n'est pas toujours place à plus, il y a toujours place à mieux.
Mine de rien, ce n'est pas décousu, entre la citation de l'ami de ce matin, la ligne de crête que nous vivons entre les dossiers et les attentes, et le tracé entre l'enfant de l'homme chez le fils. C'est la vie qui cogite.
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