07 février 2010
Une vie à traverser

Hier, après avoir fait mes plats de pâté chinois, comme provision pour les fils, et échangé avec collègues et client, comme devoir professionnel, je me suis installée pour tricoter d'une traite, le bonnet que voici:

Tricoter, comme profession de foi. En m'imaginant devant un coffre en osier que je remplirai de morceaux de tricots divers, comme dépôt de l'espérance en la génération prochaine. Geste très ordinaire, je sais, mais geste d'offrande. Acte de prise de position, comme quoi je le suis déjà ou bien je peux plus encore m'engager dans des actions plus prestigieuses ou importantes, mais de toutes les positions, c'est celle-là que je choisis maintenant. Assise à tricoter pendant plusieurs heures, parce que je ne suis pas un as en tricot, c'est comme Forrest Gump qui court des kilomètres à travers l'Amérique. Tout ce que je sais, c'est que je suis, ce que je suis. Rien de plus, rien de moins.

Ne me dîtes pas, vous aussi, qu'un bonnet d'enfant, c'est $3.99 plus ou moins et qu'il va le perdre, le temps de le dire. Si c'est le cas, c'est que vous n'avez rien compris. Comme je n'avais pas compris, il y a quinze ans. Il y avait une femme, de condition modeste, très modeste, qui connaît lui depuis sa jeunesse. Chaque année à Noël, elle nous envoyait des chaussons de phentex à toute la famille. Six paires par année, des fois douze. Invariablement, je les donne tous à la maison Le Chainon. L'excuse était bonne, je ne voulais pas que les jeunes garçons glissent sur le parquet de bois et se cassent la gueule. Mais je l'avoue, je la prenais de haut, la femme, avec son accent mauvais, son origine populacière toute étalée. Alors que tous ses cadeaux constituent son essence, le meilleur d'elle-même.

Aujourd'hui, difficile cours de chinois. Un autre rhume, ou est-ce le même qui ne veut pas partir, m'oblige à la sieste et des comprimés. Au réveil, des nouvelles de mon voyage projeté et reporté depuis l'an dernier. Cracovia s'ajoute à Berlin et St-Petersbourg. Je n'ose toujours pas croire mais les dates sont maintenant entendues entre la cousine, sa copine et moi.

J'ai acheté le Petit Larousse 2010, édition anniversaire de la Semeuse, 1890-2010, sans le savoir. Il est très beau, abondamment illustré. J'ai le zèle de ma jeunesse, du temps où l'on avait rien à se divertir gratuitement, sauf le dictionnaire à feuilleter sans cesse, à s'inventer des jeux de mémoire.

J'ai aussi acheté les deux Lévy, «Le premier jour» et «La première nuit» pour un marathon de lecture prochainement. Entre temps, je lis des dossiers et des rapports, puisque la vie des comités dont je fais partie continue, il ne faut pas oublier.

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