03 février 2010
Vents contraires

Lundi, quatrième jour de suite en rade chez mes parents. J'ai quand même pu aller chez le boucher pour renouveler nos réserves de poitrines de poulets nourris aux grains et de longe de porc du Québec.

Depuis hier, nous passons les matinées en conférences. Ces activités pleines de bonnes intentions nous mettent aux mêmes tables avec des collègues pour la plupart novices, mal formés, laissés à eux-mêmes. Ce qui réveille ma fibre d'éducatrice mais que faire, je ne peux pas tout faire? Surtout quand je met mes tripes sur la table toujours, pour bien faire!

Hier soir, la peur au ventre pendant près d'une heure et demie. Lui sortait d'une négociation, me parlait au téléphone, mobile évidemment. La ligne s'est coupée, rien d'anormal en soi. Sauf qu'il ne m'a jamais rappelé et que j'étais incapable de l'atteindre. Le pire scénario m'a hanté: lui qui parle au téléphone d'une main, cherche ses lunettes de l'autre, tout en conduisant machinalement ... Je savais qu'il est dans un coin de la rive sud que nous ne connaissons pas bien, mal éclairé. Il sortait d'une négociation, la voix encore vibrante d'agitation. Impossible que ce soit le téléphone qui tombe en panne. Lui a toujours son attirail de fils pour brancher ses trucs, même dans ma voiture.

J'avais téléphoné à une soeur pour partager mes inquiétudes, après avoir écrit des sms, un courriel aussi. Tous devaient atterrir sur le fameux téléphone qu'il bichonne tout le temps et qui ne le quitte jamais. Pas de réponse. Quand j'appelle son numéro, après trois coups, il sonne à la maison! Sonnant creux dans mon propre combiné, criard sur les autres appareils de la maison, dans la cuisine, sur son bureau vide.

J'avais téléphoné à son adversaire de négociation, geste incongru, qui a confirmé le fait qu'il avait quitté la table, à peu près au moment que lui m'a laissé en plan au bout du fil. J'avais téléphoné au voisin de l'autre demeure, qui ne l'a pas vu. Aux futurs locataires de l'autre demeure qui ne sont pas là. Pour pouvoir téléphoner, je fouillais son ordinateur et ses dossiers, reconstituant son emploi du temps.

J'étais rendue à téléphoner à un fils. Nous avions décidé de partir à sa recherche, j'avais ramassé tous les bouts de pistes, les adresses où il a pu passer. J'étais habillée, un pied dans la porte, écrivant un petit mot pour lui, au cas où il reviendrait.

Il est arrivé, à ce moment-là. Je ne ressentais même pas le soulagement, tant j'étais fâchée. Le super téléphone était en panne comme n'importe quel vulgaire appareil. Le gps intégré qu'il consultait l'a vidé de sa charge. Non, il n'avait pas son fil pour brancher. Mais le comble, il est tout à fait inconscient de mon inquiétude, n'a pas pensé à me rappeler par un autre téléphone, à la station de service, au dépanneur, chez le voisin, chez les futurs locataires, etc. Cette inconscience a réveillé des ressentiments que je n'ai pas manqué de déballer. À voix contenue. Chez un vieux couple, ce sont les détails d'apparence anodine qui deviennent usants, ou vifs, comme le supplice de la goutte d'eau.

Ce soir, pour vraiment nous changer les idées, le film «Nine» avec ces stars du cinéma qui chantent dans cette comédie musicale. C'est assez étonnant et divertissant.

Vents contraires par ailleurs, dans les dossiers. Tant pis. Mais l'autre demeure est bien louée. Les minuscules petits pieds sont toujours en route pour venir porter ses chaussons jaune serin. Mes vieux parents sont toujours en route eux aussi, cahin-caha, se tenant l'un sur l'autre. Qui ose décider de leur séparation? On dit par chez nous, «Tre già, măng mọc», littéralement, «Le bambou vieillit, pousse le bambou»! Et le bambou en moi, ni trop vieux ni plus très jeune, plie et se déplie, courbe et penche dans tous les sens, mais ne casse pas. Je l'espère bien.

hier consulter les archives demain

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