10 janvier 2010
L'éclair des jours

Hier, le sentiment de vivre dans cette maison du nord était si fort que nous envisagions y vivre. Non, nous contemplions plutôt l'idée d'arrêter de chevaucher par monts et par vaux, sous influence d'un quelconque planificateur financier, même si nous ne les consultons pas. Avec cette obsession que ce que nous avons, nous n'en aurons pas assez pour vivre, dans nos vieux jours. Vous connaissez le refrain: nous vivrons plus vieux, nous n'avons pas assez d'épargne, les services coûtent chers, etc. Et si nous fermons les débits et restons là à admirer cette lumière dansante sur le tapis! À écouter sans se lasser de la programmation musicale radiophonique, à bricoler dans la maison. À s'ingénier aux petits détails, à vivre, sans anticipation.

La minute d'avant, nous nous disions que nous n'avions aucune obligation de revenir en ville dans la journée. La minute d'après, une locataire téléphonait parce qu'elle avait laissé ses deux trousseaux de clés dans l'appartement, si lui pouvait venir la dépanner. Quelque temps plus tard, la nièce, assistante de la soeur dentiste, téléphonait aussi pour me dire que deux de mes fils «sont bien passés au couteau», l'un se faisant enlever les quatre dents de sagesse, l'autre trois, et que je n'ai pas besoin de passer au bureau mais ... que je peux régler les opérations par carte de crédit, les assurances couvrant pour l'un, pas pour l'autre, je vous fais grâce des détails!

Vous pensez bien que nous sommes vite rappelés à l'ordre de nos rêveries, lui ayant poussé le dépannage de clés en début de soirée, moi ressentant l'urgence de rentrer faire du potage aux fils qui ne pourront pas manger pendant deux jours! Nous sommes donc rentrés avant la fin du jour, pour savoir que la locataire s'est débrouillée autrement, en passant par la fenêtre de la salle de bain, sans penser nous décommander, et que les fils n'en mourront pas, l'un se rendant même déjà au bar pour regarder le match de hockey.

Aujourd'hui, cours de chinois au centre communautaire et non à l'école chinoise du samedi. Et déjeuner avec le groupe au restaurant. Portrait sociologique saisissant. Il y avait là, la prof. chinoise, de l'âge de fifille, le guatémaltèque diplomate, la biochimiste québécoise de souche, et moi. L'un aborde la prédiction des mayas pour l'an 2012, oh rien de catastrophique, au contraire, l'autre insiste sur le renforcement de la langue française comme langue de cohésion sociale et d'intégration, et moi je parle de la réalité lamentable des immigrants sur-qualifiés qui n'arrivent pas à se trouver du travail au Québec. La prof qui est aussi doctorante absorbe comme une éponge des mots de vocabulaire et des traits culturels environnants.

Après-midi à choisir deux livres pour une nièce qui fête ses dix ans tout neufs cet après-midi. Tentative puérile peut-être de nouer des liens de connivence avec une enfant déjà assez gâtée et versée aux jeux électroniques. Aussi, de tirer un enfant vers les livres, loin des claviers de tous genres? Je rêve encore.

Agréable soirée chez un de mes frères donc. Pour une fois, sa femme ne me fait pas de l'urticaire. Plaisir de voir ces nièces devenir jeunes femmes. Et la brigade des neveux qui se prend très au sérieux. J'adore ces jours et ces semaines découpés, preuve que la bousculade n'est pas prise comme un mortier débordant mur à mur à travers le temps. Maîtriser son temps, ou son destin, une utopie?

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