29 novembre 2009
Le grand écart

J'étais à Québec avec ce couple d'amis de Boston qui fut très impressionné par les côtes bien pentues de la ville et par ses vieilles pierres. Mais la distance culturelle entre eux et moi est telle que je n'ai pas grand chose à leur raconter. Sauf les faire parler pour comprendre cette distance due à leur vécu et la mienne. Mais je respecte beaucoup leurs valeurs et le chemin par où ils ont passé sans en perdre. Pour tout résumer, disons que les quinze ans de leur vie au Việt-Nam, alors que ma famille s'est déjà exilée, furent vécus au fond d'un puits! D'autre part, ils sont restés ancrer dans l'univers vietnamien, alors que moi, hybride, dénaturée, acculturée, et quoi encore? Par exemple, quand lui leur disait que nous sommes allés voir une pièce de théâtre, ils ne peuvent comprendre ce que c'est. Intuitivement, j'avais escamoté la pièce de théâtre, leur disant que nous étions occupés ailleurs, voilà tout. Mais pour eux, être occupés, cela veut dire être au travail, aux affaires, à gagner notre croûte!

Effigie de Nguyễn Trãi et statue de Confucius à Québec, encadrant le bâteau phare de la ville elle-même, voilà pour illustrer mon grand écart culturel!

Au fait, ils ont demandé si la pièce de théâtre est du cải lương, une forme d'opéra populaire chantée. J'ai pu expliquer que c'est plutôt du kịch, sorte de jeux de rôles tragi-comiques. Ça ne fait pas très sérieux n'est-ce-pas, pour eux qui nous croyaient au boulot!

À Québec, nous avons d'ailleurs marché longtemps, sous nos parapluies, pour aller jusqu'à un restaurant plus ou moins vietnamien. Et à Montréal aussi, nous ne mangeons que vietnamien. Je n'ai rien contre, mais c'est juste pour illustrer mes propos. En même temps, la visite à Québec fut l'aboutissement de leur désir entretenu depuis quelques années, je ne sais pas par qui et pourquoi. Québec telle qu'entre-vue dans un livre, j'ai cru comprendre.

Ils sont repartis ce matin, comme une paire de moineaux besogneux et discrets.

Fifille et son fiancé, venus faire leur tournée d'emplettes pour équiper leur nouvelle maison, ont dû dormir ailleurs, la nuit dernière. Je les ai vus juste un peu cet après-midi, avant leur retour. Ils sont fatigués mais heureux, c'est ce qui compte. Nous nous reverrons à Noël ...

Cet après-midi, enfin seuls, lui et moi examinons ensemble notre calendrier de décembre. Peut-être ferons-nous un petit voyage de soleil et de mer? Pour une dose de rayons ultraviolets, surtout pour lui, moi, j'ai la tête assez dissipée comme ça ...

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