15 octobre 2009
Pour les autres

Je sors chaque jour pour les commissions. J'ai l'impression de vivre une autre vie, d'un rythme différent. Hier, à la banque, l'indien, directeur de comptes, même si les échanges se font principalement entre les hommes et je ne fais que suivre comme une bonne femme docile, a trouvé le pont en mentionnant ses amis vietnamiens. Dans le regard, il y a déjà un courant qui passe, entre natifs d'ailleurs, pour ainsi dire.

Hier toujours, à l'épicerie, la commis à peau brune, pakistanaise peut-être, s'est intéressée à ma clé de voiture, me demandant quelle sorte de voiture va avec cette clé originale. La puce, la Smart, est devenue sujet de conversation à laquelle s'est mêlée la caissière, jamaïcaine, haïtienne peut-être, ainsi que l'emballeur au teint brun aussi. Moi, parler de voiture, de vitesse, etc., en anglais, par ailleurs! Ce même courant qui passe, un «bonding» que le dictionnaire qualifie de «liens affectifs».

Hier soir, «Un tramway nommé désir» au Rideau Vert. Où je fus bousculée, rendue inconfortable justement par l'interprétation de la talentueuse Sylvie Drapeau qui me rappelle les mimiques de ma soeur l'évanescente. Malgré ce contrepoids, l'on finit pas succomber aux chocs des personnages sur scène. Décidément, les scènes de nudité ne sont plus l'apanage du TNM. D'emblée, à l'entrée de la dernière pièce de Michel Tremblay, chez Jean-Duceppe, et abondamment dans ce décor torride et reconstitué de la Nouvelle-Orléans.

Aujourd'hui, je me suis encore plongée dans l'épluchage des magazines à jeter. Mise-au-point des derniers détails pour une prochaine escapade. Lecture des dossiers pour la réunion de demain. Et les courses encore. Seule en après-midi, je pensais que le calme des dernières semaines m'est nécessaire pour me remettre des émotions du mois dernier. Il est possible aussi que ma jambe qui a souffert et qui a boité n'est qu'une réaction au stress que mon corps ressent.

Ce soir, un ami est venu, alors que lui revient de la maison de campagne où il a fait le grand ménage de la cave. Échanges et confidences, en grignotant des noix entre deux gorgées de thé earl grey. Sous ce dehors si calme, une conscience aux aguets et une sensibilité attentive. Pour les autres.

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