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C'est comme dans le temps très actif du métier. Je veux larguer doucement cette occupation envahissante mais elle s'y refuse. Retour d'anciens clients, apparition de nouveaux, alors nous pédalons, Lui et moi, toujours pour aider, mais aussi pour quelque rémunération somme toute marginale. La gratification du devoir accompli est toujours plus grande que la paie qui sera amputée de moitié par le fisc. Ce qui coûte c'est le temps investi, me détournant des intérêts personnels, repoussant par exemple un temps où je ne ferai que lire et écrire. Mais, tant que ce n'est pas repousser jusqu'à la prochaine vie, il y a de l'espoir. Si je peux continuer à être lucide encore longtemps.
Les deux derniers disparus, la grande amie de Québec et celui de Paris m'habitent. J'entend leur voix, chacun à leur heure, dans des moments variables de la journée. La voix volubile et cristalline de Québec, celle plus grave de Paris, à l'accent régional sud-vietnamien.
Je me rappelle du premier repas que nous avons pris ensemble, grande amie et moi, dans le Quartier latin à Montréal, et la première fois que nous avons bouquiné ensemble, moi faisant le razzia chez ce bouquiniste qui fermait boutique.
Le sourire de celui de Paris m'accompagne maintenant, sur cette photo de 2007 que notre amie, la moniale de Mulhouse m'a envoyée. Il s'avère que c'est une photo prise par mon appareil du temps et que j'avais envoyée à d'autres. Sur la photo complète, j'était debout à sa gauche, souriante moi aussi, plus ronde et plus chevelue qu'aujourd'hui. Dix ans plus tard, je ne le reconnais pas sur son masque mortuaire.
Nous sommes bien décidés de partir à l'automne prochain vers Lyon, Strasbourg, Mulhouse, Besançon et Genève pour visiter des amis. Avant qu'ils ne meurent.
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