05 janvier 2016
De l'emploi du temps

Il fut un temps, il y a trente ans, je me faisais manucurer et coiffer chaque semaine en ce lieu huppé. C'était moins pour le standing que pour me faire présentable puisque je ne mets pas le temps à flâner dans la salle de bain pour me bichonner. Un saut rapide sous la douche, un brossage de dents, un coup de peigne, du rouge à lèvres et c'est tout. J'avais une vie plus active, plus publique.

Et puis arrive le vent qui tourne, une tempête, un repositionnement. J'ai abandonné la manucure et le coiffeur c'est pour la coupe de cheveux aux trois mois. Les crèmes, le massage, l'esthéticienne, je ne connais toujours pas. Mais au moins si je me suis donnée la peine de m'attarder plus longtemps dans la salle de bain à m'examiner le cheveu, le grain de la peau. Rien de narcissique, tout pour l'hygiène de vie.

En ces temps-là, je me targuais de me revirer sur un trente cents, douchée et habillée en moins de quinze minutes. Des cheveux lavés portés avec n'importe quel shampoing sous la main, acheté en solde au préalable. Des cheveux que je perdais sans m'alarmer, presque sans que je me rende compte. Tout au plus je l'assumais comme j'assumais le fait d'être petite, légèrement bossue et constellée de taches de rousseur.

Puis vient le temps des regards apitoyés de l'entourage, accompagné de recettes de tout genres. Du chanvre à toutes les sauces, en grains dans le smoothie, en shampoing, en lait, en plus de l'attirail des vitamines sans oublier le collagène. Rien n'y fit, le dermatologue non plus.

Entretemps, j'ai toujours d'autres intérêts, d'autres amours. Mais aujourd'hui, après la petite peur de l'automne dernier sur ma santé, je corrige mon regard, identifie mon arrogance, ma complaisance, ma négligence. Puis je me résous enfin à passer plus de temps dans la salle de bain. Une demie-heure chaque jour, ce n'est pas trop? Au moins, je suis sûre, c'est pour mon propre regard sur moi-même.

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