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En cours de voyage, j'ai eu idée de titrer ainsi l'entrée du retour. Voilà quarante-huit heures que je suis revenue, je n'ai pas changé d'avis. Et je ne sais pas par quel bout commencer non plus pour raconter un voyage intense. Le pays nous a étonné. Les idées préconçues se sont envolées. Il faut y être physiquement pour ressentir la force et l'énergie incommensurable d'une masse de 1 milliard 400 millions de personnes qui avance à très grands pas. La capitale du nord, littéralement ce que Beijing veut dire, a 20 millions d'habitants. La capitale économique, la ville modèle pour toute la Chine, Shanghai, a 24 millions d'habitants. Xi'An, littéralement Paix de l'Ouest, qui a déjà été capitale sous la dynastie des Zhou, mille ans av. JC, est une ville de taille moyenne qui abrite 8 millions d'habitants. Même population que tout le Québec en entier. On y trouve le musée in situ de l'armée de soldats en terre cuite, aux expressions faciales si réelles qu'il a fallu que je me répète à moi-même qu'en-dessous de leur apparence physique, il n'y a jamais eu de vrais humains. J'ai quand même eu le sentiment de visiter un caveau puisque l'immense mausolée est classée en fosses funéraires. Et qu'il y eu des milliers et milliers d'ouvriers qui y sont enterrés vivants, pour préserver le secret de son emplacement, ainsi que toutes les concubines sans enfant de l'empereur Qin. Oui, c'est lui qui a unifié la Chine par ses conquêtes guerrières bien avant l'ère chrétienne.
Je n'ai pas que grimpé la Grande Muraille, mais aussi le Qingchengshan, montagne sacrée du taoïsme, et le Emeishan, l'une des quatre montagnes sacrées du bouddhisme en Chine. Et visiter le Grand Bouddha de Leshan, en grimpant jusqu'à la hauteur de sa tête. Les villes de Chengdu, de Suzhou, de Wuzhen et de Hangzhou aussi. Évidemment, je n'ai pas tout vu. Mais assez quand même pour savoir quelles sont les villes où j'aimerai revenir un jour, si dieu le veut, pour en visiter plus encore.
J'ai acheté du thé, de la soie et du jade. En rêvant à la Route de la Soie, l'ancienne, alors que la nouvelle est entrain de faire son chemin.
La «soupe» chinoise, malgré mes origines vietnamiennes qui me permettent d'être plus familières, n'est pas tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Elle est seulement différente, très différente. Les communautés chinoises d'outre-mer ne constituent même pas une vitrine pour ce que je viens de visiter. Mais je me retiens, en effaçant quelques phrases, d'apporter des opinions trop tranchantes. Après tout, je n'ai passé que vingt jours dans cette mer de monde.
Pour revenir au petit monde de Sally, j'ai lavé le contenu des valises en moins de douze heures du retour. En moins de vingt-quatre, j'ai fait travailler la machine à pain. En moins de quarante-huit, j'ai concocté un «phở» avec les moyens du bord. La reprise de contact avec chacun de mes enfants fut harmonieuse. Mais je n'ai pas revu, ni ma mère, ni les petites, attendant une meilleure énergie quand le décalage horaire aura lâché son emprise. Vu mon père quelques minutes, le temps d'un bisou, puisqu'il y a quarantaine en vigueur pour cause de grippe, à l'étage où il habite.
Comment dire? Le retour chez moi ne fut pas un délice. J'ai trouvé l'appartement sombre et encombré. Faut-il tout foutre à la porte, ou poursuivre le projet de construction d'une demeure autour d'une cour carrée. En cours de voyage, n'ai-je pas refait le croquis d'un plan de maison? Est-ce notre dernier projet de vie ou est-ce encore une chimère?
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