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C'était hier la première pièce de théâtre dans la nouvelle année, «L'Esprit de famille» chez Jean-Duceppe. Certains rient de bon coeur, d'autres pas. Moi je souris parfois mais je ne m'y retrouve pas. Ce n'est pas ainsi un esprit de famille pour moi. Pourtant l'histoire est campée à Montréal, le vocabulaire, les manières, jusqu'à un personnage qui fait le même métier que moi, mais le tout est comme l'envers d'un décor que je refuse de prêter existence. Même pour en rire. Décidément, je suis bien pincée!
Aujourd'hui, un jour libre que je défend bec et ongles pour pouvoir aller à la campagne. Arroser les deux érables. Transvider le frigo de là-bas à ici. Revoir un film. Faire un feu de foyer. Le bois mouillé grésille doucement au lieu de crépiter. Revenir avant la tombée du jour. Ce soir, une réunion des affaires collectives.
Dans le journal, une nouvelle somme tout anodine. Un restaurant ordinaire au coin de rues moins ordinaires, Saint-Denis et Mont-Royal, ferme ses portes après vingt-cinq ans. Il paraît que c'est une «institution» pour les fêtards des nuits creuses et des matins blafards. Mais c'est l'endroit où j'amenais fifille, il y a à peu près vingt-cinq ans, manger une pointe de pizza au fromage, avant son cours de danse non loin. Justement, il y a dix jours je discutais avec petit papa de la question d'amener la petite à un petit cours quelconque, musique ou danse. «Danse, pour la posture!», disait-il.
Me voilà qui remonte le cours du temps, à défaut de me projeter loin dans le futur. Ma fille et sa fille. Elles je les ai lavées, chacune en son temps. Comme ma mère a dû me laver, en mon enfance, comme dans la nature des choses. Mais le contraire, moi aidant ma mère dans sa douche, c'est sacré pour moi. Contre nature par définition et non contre courant par le temps qui court de longévité des uns et de fonction d'aidants naturels des autres. Le grand cercle de la vie.
Jongler toute la journée sur le sens de la famille et du lignage. Tiens, je remarque pour la première fois que ma mère, moi, ma fille et ma petite-fille ne portent pas le même nom de famille. Est-ce qu'on parle de lignage quand même? Oui mais de lignage matrilinéaire, dit le Petit Robert. Mais enfin, assez jongler comme ça.
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