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J'y pense depuis quelque temps, depuis l'an dernier en fait. Je cherchais à me redéfinir, à m'assagir, à évoluer. L'idée de me mettre à l'art du bonsaï a fini par faire son chemin. Et voilà, j'ai suivi un cours pour débutants aujourd'hui, au Jardin botanique. Je suis même maintenant membre de la Société de bonsaï et de penjing de Montréal.
Alors que je suivais avec attention l'avancement de mon inscription et que je me suis préparée sérieusement à la journée, je fus confrontée à des pensées diverses. Au cours de la matinée, devant la pérennité de la discipline, face à des actions qu'il faut poser sur plusieurs années pour arriver à certains résultats, j'étais obsédée par le regret de commencer trop tard. Et puis aussi par la pensée que mes arbres devenus bonsaïs me survivront!
Il est intéressant de voir dans mon cours plusieurs jeunes hommes attentifs et intéressés. Mais aussi plusieurs femmes d'âge mur, dont une qui a exprimé à voix haute la même réflexion que la mienne: le regret d'avoir commencé trop tard.
À l'heure de pause, je demandais encore si je vais vraiment m'investir dans ce nouveau passe-temps, malgré l'intérêt. Avec recul, je trouve que le questionnement s'apparente à celui d'une femme d'âge mur qui se demande si ce n'est pas trop tard pour elle pour adopter ... un bébé, maintenant qu'elle est rendue à l'étape d'une relative liberté. Déjà l'inquiétude de trouver quelqu'un pour confier le bébé lors des prochains voyages.
Et puis, en début d'après-midi, à la réception de mon premier pré-bonsaï, l'instinct «maternel» s'est installé sans crier gare. D'emblée, je trouvais mon «petit», vilain canard, sans fleur, tout le contraire des autres de la pouponnière qui en sont inondés!
Par bravade, j'avais mis la première mon arbre sur la table d'«opération» pour procéder à la taille. Dès le premier coup de sécateur, j'étais mordue, toute hésitation envolée. La professeur trouve que j'ai l'instinct «asiatique» pour cet art d'abord chinois, puis japonais. Devant tout le groupe de quinze personnes encerclant la table, avec la voix du professeur expliquant, son doigt guidant, j'ai taillé le Grewia occidentalis. Et déjà, je suis déterminée à ce qu'il me survive!
Le voilà sans pot ni ligature encore. Et une fleur que j'ai récupérée des autres qui se sont retrouvés nus aussi, après la taille.
Ce soir, quand j'ai mis Lui dans le coup de mes questionnements du jour, il dit sans hésitation que je devrais m'acheter un bonsaï vieux tout de suite, donc de 25 ans au moins pour être vraiment un bonsaï. Je me suis sentie incomprise! Adopter un vieux de vingt-ans, pensez-y! Je ne l'aurais pas formé, ni élevé ... Tout aussi bien acheter un tableau ou une sculpture nécessitant aucun entretien minutieux.
J'ai commencé un carnet du bonsaï. Un carnet papier, écrit à la mine, avec l'effigie du Dalaï Lama souriant en couverture.
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