18 mai 2011
Bilan à somme nulle

Aujourd'hui, cela fait trente-six ans que ma famille est arrivée au Québec. Toute la journée j'ai pensé à chacun de mes frères et soeurs et je trouvais que la vie nous a éloigné alors que nous sommes toujours tous ici. Ce qui est bien normal, je suppose. Quand même, je trouve que ma famille proche ne sait rien de ma vie dans ses méandres et que je ne connais rien des leurs non plus.

À ce moment-là, le patriarche n'avait pas cinquante ans, aujourd'hui, il est retombé en enfance. J'avais moi, vingt-quatre ans. Aujourd'hui, je suis de dix ans son ainée d'alors. Ma mère, mère de toutes les mères, a accueilli sa descendance de quatrième génération il y a neuf mois. Un autre trente-six ans et je ne serai plus, mais j'espère avoir le temps d'être matriarche avant.

J'avais tout mon temps pour jongler à tout cela ce matin et toute la journée pour résister à l'envie de leur écrire un courriel à tous. Quel mince et maigre lien des temps modernes!

Cet après-midi, je me suis appliquée à monter un dossier, comme je sais bien le faire. Une compétence et des connaissances apprises ici, chez moi. Pourtant, quelques heures plus tard, je me suis promenée dans ce complexe commercial comme en un lieu emprunté, sans me sentir chez moi. Probablement, ce sont ces commerces, leurs produits et leurs couleurs qui ne me ressemblent pas, puisque je sais intimement que je ne suis plus jamais chez moi ailleurs qu'ici.

Je sais, le chez soi n'est pas qu'un lieu physique ou géographique, mais aussi un espace temporel, une dimension psychologique, un sentiment de liberté et de sécurité. En fait, l'individu que je suis n'est plus chez moi nulle part quand sa terre tremble et se casse quand bon lui semble, quand ses eaux montent et envahissent tant qu'elles veulent, quand l'air, l'eau et la nourriture qui conditionnent sa vie furent malmenés par l'homme lui-même. Suis-je vraiment chez moi?

Aujourd'hui, cela fait douze ans que j'écris ces pages du Monde de Sally. Un petit rien dans l'océan des vanités. Mais rien du tout en considérant tout ce qui précède. Mais je me sens vieille, si vieille dans ce monde des perceptions et des présomptions. Le virtuel est-il vrai? Plus d'une génération dit oui. Quelques autres, dont je fais partie, s'y accrochent en essayant d'y croire. N'empêche que j'ai tissé ici depuis douze ans le cocon d'un semblant de chez moi aussi! De l'absurde ou faux-semblant à l'éternité, on en meurt pas!

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