05 avril 2011
Parcours

C'était difficile hier, la visite à mon père. J'étais seule, il n'était pas calme. J'écris quelques phrases puis je les efface. Il me semble que je ne pourrais pas rendre comment il était, comment je me sens, sans décrire en détails. D'avance, je sais que les mots ne seront pas justes et je ne veux pas verser dans l'intime plus qu'il n'en faut. Quand je me suis en allée, je me souviendrai toujours que j'étais contente. Contente de retourner à ma vie. Même si cela a pris quelques heures, le reste de la journée pour me sentir revenue à ma vie.

Aujourd'hui, par temps variable où il a plu, neigé, grêlé même, avant que le soleil ne triomphe par percées timides à la fin du jour, je suis allée à une réunion dans le Vieux Montréal avec la puce. Et puis, grâce à un certificat-cadeau de ma soeur, je suis allée à une séance de manicure et de pédicure. Il y bien des années, des dizaines d'années, que je ne me suis pas prêtée à ce genre d'exercices. Mais je me rappelle bien de l'époque où je jouais à la bcbg avec sa séance hebdomadaire pour mise-en-plis et ongles vernis ...

Ce soir, saut impromptu à la campagne, arrivant trop tard à une brève réunion municipale, mais au moins nous avons pu constater un plancher impeccable en ma demeure. J'ose même rêver y recevoir à Pâques.

Grave conflit idéologique au sein de la communauté des anciens de mon université vietnamienne. Un conflit latent qui éclate non pas pour la première fois mais cette fois-ci plus tôt, alors que l'événement ne se tiendra qu'en mai 2012. S'il se tiendra. La question du salut au drapeau vietnamien d'avant 1975. Celui-là pour qui des milliers, pour ne pas dire des millions, ont perdu sang et eau, membres et vie, patrie et terre natale.

Certains poursuivent le cours de la vie, sans oublier les blessures physiques et morales, essaient de jouir des retrouvailles et de revivre la vie estudiantine. D'autres ne peuvent pas, blâment le destin, les responsables, les coupables et cristallisent leur honneur, leur fierté, leur combat ultime autour d'un drapeau défunt. Même pas le drapeau d'un gouvernement fantôme ou en exil.

Alors que je lis avec un intérêt intellectuel les pages et les pages d'argumentaires des uns et des autres, je comprend avec émotion la motivation des premiers comme des seconds, j'essaie de me situer. Mis à part le fait que je n'ai pas tant souffert de ma vie avant 1975, je n'ai pas vécu le chaos et la transformation d'après 1975, non plus. Mais surtout, je suis devenue québécoise. Dans le quotidien, dans la tête, comme dans le coeur. Ma racine vietnamienne est devenue théorique, machinale, flottante.

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