10 avril 2006
Point final

Ce matin, j'ai failli ne pas aller à la crémation. Perspective dérangeante que nous serions trop nombreux. Je devrai peut-être essayer d'étudier à la place. Mais je suis quand même partie avec ma voiture, tôt encore une fois. Traverser le fleuve, en direction du cimetière près du fleuve. En fait le bâtiment carré en béton qui ressemble à un blockhaus, à l'ombre d'une cimenterie qui fume de surcroît.

Nous sommes une quinzaine à attendre là au bâtiment principal. Sur les murs du hall, le plan des lotissements du cimetière, affichés de noms à faire rêver du style, le «marin», le «nautique», etc. Il faut croire que les fosses se vendent comme des condos! À côté, une colombe mâle en cage, roucoule d'un son lugubre. Je trouve qu'il fait très «pleureur officiel» de la maison, à l'image de ces pleureuses éplorées des funérailles exotiques. On vient nous dire si nous voulons récupérer la montre et le chapelet de la dépouille.

Il est l'heure. La plupart marche vers le crématorium, dans le fond du cimetière. Je m'y rend en voiture avec mon mari et ma tante, la mère du défunt. Elle ne dit rien. Dans le petit bâtiment discret, nous ne sommes quand même pas trop à l'étroit. Derrière la vitre, un cercueil sommaire, la partie du haut ouverte. Nous verrons le mouchoir de satin rouge qui lui couvre le visage, comme entendu à l'avance. Nous dressons un petit autel avec la statue de bouddha, les chandelles, les bâtons d'encens et l'offrande de fruits. Et la photo du cousin. Prières ce matin par mantras denses et répétés.

Sur un signal, le couvercle est fermé, le cercueil s'en va vers le four qui clignote de tous ses voyants rouges et verts. 2000 degrés pendant deux heures. Nous avons continué les prières rythmées par le tintement d'une cloche. Encore un temps avant que nous ne partions ...

Au retour, j'ai étudié un peu. Mal, je crois. Puisque l'examen en après-midi s'est passé, mal je crois. Qu'importe, je suis libérée. Et je me demande pour quelle raison je me porte volontaire pour répéter ainsi les affres des examens universitaires mal vécus depuis mes vingt ans, parce que je suis toujours trop prise ailleurs, par autre chose. Quelle est la leçon à retenir, pour que l'expérience passe?

Au perchoir, j'ai pleurniché, seule devant mon écran, alors que je refais surface, en écrivant quelques mails à des copines qui sont au courant de l'affaire du cousin, sans connaître l'issue encore. En cherchant à rejoindre la soeur du cousin au téléphone qui sonne à vide, je déclenche la boîte vocale. La voix du cousin me répond: «Bonjour, nous ne sommes pas là. Laissez-nous un message!»

Ce soir, nous sommes encore réunis chez mes parents dans une ambiance joyeuse quand même pour dire adieu à la cousine qui a pu trouver un billet d'avion pour retourner au Viêt-Nam. Sa mère est hébétée. Elle n'a pas encore de billet, ni de visa pour rentrer là-bas.

Je suis la dernière à quitter, puisque je suis celle qui houspille tous les autres pour qu'ils redonnent la quiétude à mes parents. Je fais l'aînée, vous ne trouvez pas, malgré ma fatigue et mon mal de tête.

hier consulter les archives demain

retour à la page principale

--> 1