05 avril 2006
Fréquenter la mort, faire face à la vie

Nuit courte. Jour bousculé. Ma fille revient seule en voiture après sa courte nuit aussi. J'avais raison de m'inquiéter pour la route qui prendra huit heures. Avant de partir pour mon rendez-vous avec le client à 13 heures, je disais à son père de l'appeler au cellulaire pour lui tenir compagnie sur la route. Il l'a fait bien sûr. Quelque temps après elle l'a rappelé ... elle s'est assoupie. Heureusement qu'il y avait un garde-fou au lieu d'un fossé. Elle a égrafigné sa voiture sur toute la longueur. Au milieu de l'après-midi, elle a dû dormir une demie-heure sous la recommandation de son père qui s'en charge de la réveiller ensuite, toujours à distance bien sûr. Comme il le dit si bien: «Tant mieux pour l'accident, elle sait maintenant qu'elle n'est pas invincible!» Imaginez comment je me sens, dans les dernières heures, avant qu'elle n'arrive finalement en ville, vers 19 heures. Elle s'en va en Angleterre dans deux jours ...

Cet après-midi, le cousin est entré en semi-coma. Plusieurs se précipitent à son chevet pour l'ultime adieu. Ce soir, il est conscient toujours, je sais, même s'il ne voit plus. Il a levé la main sur ses draps quand mon mari l'a appelé «le manager». Il tourné sa tête vers moi quand je l'ai appelé de son nom pour lui dire au-revoir et lui promettre de revenir le lendemain.

Mon mari et ma cousine répètent le déroulement des funérailles qui seront très simples. Et moi je dois imprimer le texte des prières en une vingtaine de copies.

Ce soir j'ai mal mangé, j'ai manqué d'eau, je n'ai pas pris mes médicaments. Je viens de me relever pour me faire un thé, essayant de chasser ce mal-être. Non cet inconfort, ce malaise, devant le spectacle de la mort qui impose ultimement son baillon de silence alors qu'en arrière-plan, la vie sourde continue ses bourdonnements aveugles: un appel d'un collègue pour un détail insignifiant, la musique du fils en même temps que son jeu de hockey simulé, des détails de marketing à poursuivre ou abandonner pour les prochains jours, ... Ne pas oublier que moi et ma famille nucleus vont bien. Au pied de l'escalier donc, le sort du monde, je me répète, inutilement, puisque je ne suis pas sage ...

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