02 avril 2006
Un tournant

Ce matin, ma soeur est venue livrer au perchoir, comme un paquet, certes plus que précieux, mais encombrant tout de même, malgré mes très bonnes volontés extensibles. Hier soir, chez ma soeur, ce qui se dessine c'est le déménagement prochain de mes parents à l'appartement au-dessus de mon futur cocon. J'en prend large sur le dos, je sais. J'entend déjà des amies qui penseront tout bas ce qu'elles ne diront pas tout haut: «Catastrophe! Pauvre elle qui ne vivra plus!»

Je précise, des amies québécoises, s'entend, puisque mes amies vietnamiennes cohabitent déjà, plusieurs d'entr'elles avec leurs mères, certaines plus malades que d'autres, certaines plus encombrantes que d'autres! Nous ne parlons pas ici d'amour filiale, du sens du devoir ou de quoi que ce soit. Nous parlons plutôt de situation qui s'impose ou de choix possible!

Ce matin donc, je pensais amener mes parents à la campagne pour faire changement. Mais il a fait beau. Je les ai plutôt amenés se promener au bord de l'eau, tout près du cocon, pique-niquer même, alors que le vent est quand même frisquet, et visiter l'appartement où ils pourront habiter prochainement. Évidemment c'est plus petit et pas aussi confortable que leur maison. Mais l'idée a fait son chemin toute la journée. Et moi aussi j'ai composé avec l'idée toute la journée.

Au souper chez mon autre soeur ce soir, ma plus jeune soeur disait en me regardant, mi-figue, mi-serin: «Tu t'occupes des parents maintenant pour que je m'occupe de toi plus tard?» Évidemment, la projection fait son chemin: je regarde mon père et je me vois dans vingt-cinq ans, avec mes idées fixes et mes obstinations. Je regarde ma mère qui accepte de laisser son jardin et son confort, avec sérénité et sourire, alors qu'elle ne voulait rien savoir il y a seulement quelques semaines. Je mesure l'attachement et la valeur d'un couple après plus d'un demi-siècle de vie commune et je veux raffiner plus encore ce qui existe dans le mien.

Nous sommes allés chez ma soeur de la banlieue nord, chacun dans notre voiture, puisque ce soir, je vais ramener les parents et dormir chez eux. J'ai amené avec moi très simplement, ma chemise de nuit, mon livre en cours et mon cartable de chinois. Mais je sais, je serai trop fatiguée pour lire ou étudier ...

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