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Hier, le coeur du jour qui m'a apporté joie, réflexions et fierté, c'était les trois heures passées au collège à faire la tournée des professeurs. Les jumeaux vont bien, très bien même, les profs sont fiers de le dire aux deux parents ravis. Souvent, les parents viennent seuls, maman ou papa, nous avons toujours été à deux. Souvent, les parents ne vont voir que les profs des matières qui causent problème à leur enfant. Cette fois-ci, si c'est ça la raison de la rencontre, nous aurions pu nous dispenser. Il faut croire que cela impressionne les profs de nous voir, lui, imposant par sa carrure, moi, trottinant et affable. Des parents souvent trop larges sur ces petites chaises droites, devant ces petits pupitres d'écoliers. Comme nos enfants n'ont pas de problème, nous causons de leur personnalité, de leur carrière future. Nous sommes tous attendris et attentionnés, les profs et nous, sur le principal concerné de nos propos. Nous sommes surtout sérieux parce que nous sommes en face de ceux qui, d'autorité, triturent leurs méninges, laissant des marques heureuses ou non de leur passage. Les profs, eux, sont sûrement soulagés de complimenter et de fraterniser, au lieu de devoir jouer de l'autorité et de mesures correctives. Dans les couloirs libres des centaines de paires de vigoureuses jambes d'adolescents pour l'occasion, un climat de discrète fébrilité règne. Les directeurs sont affairés, ils se font voir, peut-être sont-ils partagés secrètement entre le désir d'être sollicités pour une rencontre - une façon de justifier leur fonction - et l'envie de ne pas être aborder du tout, ce qui voudrait dire que tout baigne et qu'il n'y pas de feu à éteindre sous leur gouverne. Et ces parents qui attendent sagement sur les petites chaises alignées devant chaque classe, les uns lisent un roman, les autres consultent leur montre souvent. La plupart rêve, les yeux dans le vague, profitant d'un répit, se décidant pour le plat principal du souper du jour, ou bien jonglant sur une destination vacances. Peut-être préparent-ils une excuse à leur fils, une faute au système, au temps du monde, au monde d'aujourd'hui, aux lendemains difficiles, etc. En tout cas, ils n'ont pas l'air heureux, trop pincés, trop préoccupés. En comparaison, nous avons presque l'air conquérant, par notre contentement souriant. Toute cette joie épuise bien sûr, puis le trafic routier, les clients exubérants, suivis d'autres verbomoteurs, m'ont achevé. Mais enfin, je me ressource comme je peux par ces repas à la sauvette, au coin de la table, avec l'un ou l'autre de mes fils, ces grands garçons affectueux. En sommes, quatre paires de grands bras masculins à m'étreindre tour à tour! Quoi de plus pour réchauffer un coeur de femme et de mère! hier
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