26 juin 2001
La fille...

Non pas la mienne, mais celle du dernier roman de Robert Olen Butler que j'ai lu hier soir d'un trait! Je palpitais tout le long de la lecture ... Cet Américain écrit comme un Viêtnamien, c'est-à-dire que les méandres de la pensée populaire viêtnamienne y sont exposées comme si Butler est dans la peau d'un Viêtnamien. Ou d'une Viêtnamienne je dois dire. Une écriture remplie de métaphores puisées à même les légendes viêtnamiennes. Du point de vue de la pensée, j'aurais dû et j'aurais pu écrire comme Butler. Mais Robert Olen Butler est écrivain et professeur de littérature, et moi, je ne le suis pas. Pour les Viêtnamophiles, c'est un écrivain incontournable, mais ce ne sont pas nécessairement des petits romans d'été, quoique l'exotisme y soit présent. Dans ce roman, il est mentionné le chiffre de vingt-cinq milles "hôtesses de bar" pour flirter, entretenir et coucher avec des G.I. Et il y avait eu jusqu'à un demi-million de G.I. sur les routes, les champs, les rues et les villes du Viêt-Nam du Sud. Il paraît qu'il y a quand même un certain nombre de jeunes femmes viêtnamiennes aux yeux bleus ou aux cheveux crépus en ce moment. De la vraie matière à roman! Encore faut-il écrire comme un hybride amérasien!

Du point de vue sociologique (voire ethnologique!), pensez à ce sang caucasien (et africain!) dans les veines viêtnamiennes qui sont déjà parfois plus indonésien, ou malais, ou chinois, ou cham, ... D'autre part, les quelques millions de nomades viêtnamiens de part le monde ... et leurs enfants qui ne sont plus viêtnamiens que de noms. À moins qu'ils ne soient amerasiens, eurasiens et autres ... Tout un volet de l'aventure humaine!

Je ne sais pas si je peux être claire à ce sujet mais il me semble que j'aime vivre ma vie telle qu'elle est (là-dessus, je suis claire!). En même temps, j'aime me regarder vivre, comme en spectatrice. C'est peut-être pourquoi j'aime le regard que j'ai sur moi-même, par ce journal. Par ailleurs, j'aime scruter et me voir comme un maillon, un échantillon, un témoin, un cas qui s'inscrit dans la mouvance des humains. Paradoxalement, en souscrivant à l'humilité du moi qui n'est qu'un parmi les sept milliards d'humains, je trouve ma noblesse et ma sensibilité intelligente. Au premier plan (en aimant vivre ma vie), je ne suis que pulsion animale. Au deuxième (en aimant me regarder vivre), je suis un réflexe raisonné. Au dernier plan seulement que je suis humaine, intelligente et sensible, que je ne suis plus moi égoïste mais une acuité, une conscience, un plus à quelque chose qui ne m'appartient pas en propre mais en collectivité.

Bon, j'arrête de disserter parce que je ne serai plus moi-même, une lecture d'été!

Vous ai-je dit, nouveaux lecteurs, que je suis moi-même la fille de la marginalité, que ma fille à moi est amérasienne et que j'apprécierai être appréciée dans mon tout, et non dans une certaine partie! Et que je comprend que vous ne m'ayez pas lue au complet, mais au moins la toile de fond du cahier rouge et ma toute première entrée qui explique le pourquoi de ce journal. Bref, je vais vous dire ce que dirait un commerçant américain quand il vous dit au revoir: "Thank you for your patronage.", d'autant plus qu'il me semble que le nombre de mes lecteurs ait triplé ... Ce qui me déconcerte sans me déconcentrer! Sur ce, la fille vous quitte pour aller jouer à la mère ... …

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