|
Je lis tranquillement dans ce vieux recueil publié en 1942. Les pages sont bien jaunies et mal coupées. Mon fils trouve que c'est bien étrange un livre dont les pages ne sont pas nettes et la reliure en fils de coton collés et cousus. Une image du passé me revient ... C'était à Bên-Tre, dans la moiteur tropicale (comme il fait en ce moment à Montréal!) du delta du Mékong, au pays de ma mère, par un après-midi étouffant ... mes frères et soeurs étaient tous dans le bassin d'eau devant la maison, se rafraichissant comme ils peuvent, dans un concert cacophonique de rires et de cris de ravissement. J'étais à l'ombre, à moitié étendue, le nez dans un vieux livre jauni et troué par les mites, que j'ai déniché dans une vieille bibliothèque de mon grand-père. Je me souviens très bien, je ne pouvais pas me baigner avec les autres parce que j'étais dans mes jours menstruels. Dans ce temps-là, ce ne sont pas des serviettes sophistiquées comme aujourd'hui, c'étaient des guenilles rudement confectionnées qui maintenaient la petite fille que j'étais dans un équilibre assez relatif. Dans ces journées spéciales, je me sentais différente. Je lisais donc tranquillement comme une jeune fille sage, alors que les "enfants" eux, s'ébrouaient dans l'eau et dans leur innocence. Étrange, cette retrouvaille avec les vieux livres presque miteux. Moi qui achetais plutôt du neuf. Cette collection de journaux intimes m'entraînent donc vers les pages jaunies, plus proches de mon enfance insouciante que je n'ai jamais été depuis longtemps. Je parle bien de mon enfance, avant même que je ne porte des lunettes, avant ma débrouillardise de soeur aînée, avant le cahier rouge, avant ... C'était il y a quarante ans ... hier
|