08 juin 2001
L'envers du décor

Cette nuit, j'ai très mal dormi ... Le dossier rapiécé m'obsédait sans cesse et le bavardage tardif sur la terrasse hier soir m'a empêchée de discuter de la situation avec mon mari. Alors j'ai ruminé toute la nuit ... Et les saucisses italiennes piquantes qui se mettaient de la partie, moi qui n'avais plus d'anti-acide à la maison! Je sirotais donc du lait dès 5h du matin. De toute façon, la tante partait dès 5h30 ... Les scouts qui ont dormi au parc pour leur tour de garde (les installations étaient là pour le kermesse de la fin de semaine) repassaient à la maison en coup de vent, avant d'aller à l'école. Enfin je me recouchais pour une heure ou deux, mais la ronde des sonneries de téléphone recommençaient déjà ... J'ai l'air très bien, mais en fait je suis toute déphasée!

Un beau ciel bleu, du soleil à profusion aussi, mais la circulation était dense partout. La ville respirait des effluves d'essence mais elle respirait, la rue Mont-Royal des branchés bohême est fermée à la circulation pour une de ses ventes-trottoir. Les commerçants essayaient de vider leur marchandise démodée, les passants aiguisaient leur regard pour dénicher l'aubaine du siècle. Les automobilistes faisaient maintes détours et arrivaient à leur rendez-vous ... en retard, comme moi!

En soirée, j'essayais d'échapper à la circulation en partant souper dans l'autre direction, mais c'est la même chose. Dans ce restaurant de faux grec mais vrai banlieusard, les couples arrivaient avec leur bouteille de vin. Comment peut-on se détendre sur ces chaises droites, coude à coude avec la table voisine, dans cette grande salle sans vraies fenêtres mais décorée de faux vitraux éclairés au néon. Nous attendions longtemps pour nos assiettes pour ensuite les avaler trop vite! Je ne m'aime pas, après un pareil repas!

Ce soir, je me repose de la bousculade. Demain, je me tiendrai tranquille, pour que l'envers et l'endroit de ma vie soient de même ton. Je ne sais pas si vous avez déjà vu la caricature d'un canard qui présente son air serein en surface, mais en dessous de l'eau ses pattes pédalent sans relâche (l'inscription accompagnant la caricature dit: "Sous un dehors serein, je pédale en maudit!"). La ville aussi je trouve: sous un ciel parfait, la ville se grouille! Les gens aussi, plus que jamais: malgré la tenue d'été décontractée, ils se démènent, foncent et persistent.

Je me sens en marge. Non pas excluse, mais spectatrice la plupart du temps. Parfois, je fais un petit tour dans la parade, puis je reprend mon poste d'observation. Je tiens mon esprit alerte, mes réflexes aiguisés, mais on dirait que j'économise les actions à grand déploiement. Je me fais petite sans devenir petit. J'apprécie de plus en plus ma propre compagnie!

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