02 juin 1999
Gap des générations

Entre les générations, même dans le meilleur des mondes, je crois que seul le don de soi et la tolérance peuvent faire le pont... Et de la patience, beaucoup de patience! Je ne dis pas cela avec condescendance, parce que c'est de part et d'autre qu'il en faut de la patience et de l'acceptation, au nom de l'harmonie et de l'amour!

Question fringues, ça fait un peu de temps maintenant que je n'achète plus un morceau pour ma fille, sans qu'elle soit là. Je conçois bien que ses goûts sont jeunes et les miens dépassés. J'avoue que je suis assez conservatrice sur la question...

En terme de comportement social, là, je suis devant le gap! Comme vous le savez, ma grande fille s'en va travailler dans le Grand Nord (j'appelle ça le Grand Grand Nord, et elle: "en haut"!). Elle part lundi le 7, alors ce soir elle fait un party. Je l'ai amenée au Club Price avec moi pour acheter de la bouffe et des boissons, de quoi recevoir une vingtaine de jeunes adultes. Mais elle ne veut rien acheter de ce que je propose, seulement des croustilles et une caisse de 24 de Boomerang (limonade alcoolisée). Enfin, quelques bouchées style poulet au barbecue, etc.. parce que j'avais insisté pour mieux recevoir! Mais elle prend son ton de patience pour expliquer comme à un enfant: "Maman, ce n'est pas re-ce-voir! C'est faire un party!" Faire un party, c'est de la musique, des copains, beaucoup de "chips" et boissons à votre goût et à volonté (puisque vous amenez ce que vous voulez boire!!!!). Moi qui est plus à l'ancienne, c'est-à-dire recevoir avec une certaine abondance, servir ce que l'on ne mange pas tous les jours, un beau et bon buffet, vin ou bière généreusement, faute de champagne à flots. Elle avec beaucoup de désinvolture et de sobriété, donc, une caisse de 24 pour une vingtaine de personnes, mais quand même, abondance dans les croustilles! (trois sortes, quatre gros sacs,..ha! ha! ha!). Oubli exprès ou désinvolte: les assiettes de légumes et trempette que j'avais préparées sont restées dans le frigo, le gâteau aux fraises dans le congélateur et les biscuits Pirouline dans l'armoire!

De ma génération des babyboomers qui ont exagéré, à la générations des X qui ont crevé dans la dèche du chômage et du dégraissage des organisations, jusqu'à la génération Y qui, comme ma fille, maîtrise l'art de la désinvolture, de la sobriété, un monde de différence! Les babyboomers ont mené le monde, la génération X les a envié jusqu'à en vomir contestations par-dessus revendications. Mais la génération Y se détourne de ce monde qui ne les intéresse pas. Ils philosophent, tempèrent et modèrent (mais oui, eux qui ont grandi dans la modération au volant, dans le "safe sexe")... jusqu'au jour où ils seront prêts à récolter les fruits de l'avènement de l'ère des informations (vive Ubisoft, Microsoft et cie!) Toujours en dansant, sans trop faire d'efforts! Ils n'ont rien à prouver et se contentent d'ÊTRE!

Selon Anne Darche, une publicitaire, les babyboomers sont nés entre 1947 et 1966, la génération X entre 1967 et 1979, la génération Y entre 1980 et 1996 et la génération Z a moins de trois ans en 1999.

Pour finir avec mon histoire des BB, des X et des Y, je vous propose une formule pour les distinguer: les BB mangent pour poser (s'afficher), les X mangent pour s'opposer (s'enficher) et les Y mangent... quand ils ont faim!

Autre exemple de gap: Moi qui choisis avec soin avant d'adopter un agenda chaque année et qui classe tous mes agendas de travail par ordre chronologique. Ma fille prend n'importe quel agenda et l'embellit avec un dessin, une photo, une page de magazine qu'elle colle avec du gros ruban gommé de déménageur. Mon plus jeune fils fait pire: il arrache les feuilles qu'il n'a plus besoin ce qui fait que son agenda s'amincit au fur et à mesure (la couverture est arrachée depuis longtemps, elle ne sert à rien, pourquoi la décorer? quelle idée!). Je crois que je prends un agenda comme un témoin de ma vie, ma fille le prend comme un outil et mon fils comme un brouillon. Témoigner de sa vie et de son vécu! C'est niaiseux, poseur et pitoyable! De toute façon, l'expérience ou la leçon apprise se traduit dans le prochain geste que l'on pose! Sinon, l'expérience ne sert à rien et la leçon mal apprise ou pire, c'est comme si elle n'existe pas! Alors, pourquoi les tenir corder sur une tablette! Il me vient une idée saugrenue: qu'est-ce qui témoigne du passage des millions et milliards de spermatozoides produits pour rien et qui ont servi à rien! Petite flaque mouillée, vite oubliée, sur le drap. Dans mon cas, seulement quatres vigoureux spermatozoides ont compté. Deux autres ont gagné leur course mais nous avons choisi de les "flusher" dans le vrai sens du terme. Je ne les oublie pas et les inclue toujours dans mes comptes et mes contes, devant les vrais amis.

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