|
Entre hier et aujourd'hui, j'écris ici sur mon clavier. Douze heures plus tôt, j'avais inauguré au stylo un carnet. Rouge comme celui d'il y a un demi-siècle. En espérant que je vais y consigner autant qu'avant. Ce midi donc, j'y écrivais que cette nouvelle année est la continuation de celle qui vient de finir.. Mais ce n'est pas si catégorique, si confinant puisqu'il y aura grand changement avec les arbres installés à la campagne et moi aussi. À plus que mi-temps.
Un jardin de bonsaïs donc sur le flanc est de la maison, clôturé déjà sur deux côtés, au sud et à l'est, barré à l'ouest par la maison même. Seul le côté nord est ouvert sur le reste de la cour que je rêve d'aménager aussi: bassin, pont rouge et pas japonais.
Déterminée à marcher un peu, après deux jours confinée, je me suis faite déposer au Centre d'achat où j'ai apprécié de magasiner lentement et d'acheter posément. Du chocolat sans sucre pour moi seule, du savon à vaisselle biodégradable et trois t-shirts qui iront directement dans la valise pratiquement prête.
À l'aire de restauration presque déserte en ce lundi matin, j'avais ouvert le nouveau carnet rouge. Quelques lignes écrites presque malgré moi. Ce carnet ne sera pas intime mais journal de bord dès aujourd'hui. Journal de bord de ma vie toute confondue et non pas un sphère en particulier. J'avais pensé y faire mon journal de bord du bonsaï et penjing puisque la tranche du carnet est fleurie mais je me suis ravisée.
Depuis trois semaines maintenant que mon poids ne cesse de monter doucement, évidemment puisque je me suis remise à manger pain, riz et sucré, enfin, depuis hier j'ai réussi à rincer le goût de nourriture sur mes papilles gustatives. Enfin ce matin la balance a amorcé sa pente descendante. Du cerveau aux papilles, du ventre aux gestes, tout est si interconnecté. Il n'a suffi que les t-shirts achetés hier soient bien sur moi, en taille M, pour que je ne mange pas à midi, les boulettes de riz sous les tranches de saumon cru, pour que je mange mon poulet avec légumes seulement au soir, délaissant le riz et la sauce, et que je boive thé sur thé toute la soirée. Bien sûr, il y a ce désir latent de reperdre du poids qui n'attendait que l'élément déclencheur pour reprendre courage.
Par ailleurs, je cuisine toujours comme si c'est la dernière tranchée où je peux faire la différence encore. Depuis la semaine dernière, je suis tentée d'apporter à manger à un jeune copain bonsaïste qui vient d'avoir un deuxième bébé, comme si eux n'ont pas de famille ou d'amis. Mais est-ce qu'ils ont famille et amis pour de vrai? selon mes normes à moi? Ou bien en silo, chacun pour soi et ... Dieu pour tous. De toute façon, vaquer à mes occupations domestiques m'enracine dans le concret, remède par excellence contre l'angoisse.
hier |