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Recevoir aujourd'hui la tête de lit rembourrée. Lui adore. Ding, dong à la porte! Les ouvriers passent pour bricoler quelque affaire, je les retiens pour installer l'effigie de Bouddha ainsi que son autel, et ma tablette de verre dans la chambre. Et je vide les quatre tiroirs de la desserte qui a perdu sa fonction depuis toujours, devenant meuble d'entrée et tiroirs fourre-tout. La voilà restaurée dans sa dignité!
L'autre demeure commence à avoir l'air vide. J'y fais toujours des boîtes que je vide doucement au perchoir. J'y vais là comme je rend visite à une parente, arrosant les plantes, en passant, sans plus. Tant que le logement n'est pas loué, certains meubles y resteront jusqu'à ce que nous les emporterions vers la campagne. J'aurai donc le temps de réorganiser la maison là aussi.
Malgré que j'aime chacun de mes habitats, chacun de mes meubles, chaque morceau de vaisselle, je ne peux m'empêcher de ressentir de l'aliénation à leurs égards. Vous pensez bien que je me défais de tout ce que je n'aime pas ou qui n'a pas de son utilité. C'est devenu une obsession et une préoccupation.
Aujourd'hui, les déménageurs nous ont faits faux-bond. Lui en a trouvé d'autres pour demain matin. Et moi, je me suis précipitée au cours de chinois, sans révision, sans pratique. Évidemment que j'ai l'air folle, mais je m'accroche comme je peux.
Ce soir, drôle de temps frais. La nuit dernière, les feuilles bruissaient, les cigales y allaient de leur chant strident. L'air est différent autour du perchoir, de jour comme de soir. En même temps plus urbain et plus profond, à cause des grands arbres. Il y a une volonté plus concertée de notre part pour aménager des espaces plus douillets, jouissifs même. Comme cette table haute et ses deux bancs sur la terrasse. Comme ma chaise de lecture et son appui-pied assorti dans ma chambre. Et le balcon privé.
Alors que nous déballons ou rangeons à longueur de journée, déjà nous profitons de moments douillets, nous allongeant pour rêvasser, ou pour prendre une pause, bien caler dans un fauteuil à bras. L'effet de la célébration de notre 30è anniversaire flotte encore dans l'air. Lui et moi partageons une tendresse, de petits gestes et de demie-teintes. Comme la même bouchée de chocolat, la moitié d'une gorgée de café, etc.
Trêve de confidences, je retourne à mes cartons ...
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