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Sur la terrasse du perchoir, j'ai déjeuné tardivement avec l'un des fils. À l'instar de son jumeau, il me disait: «Maintenant que vous êtes plus près, je passerai souvent!»
Nous allions lui et moi à l'autre demeure, cueillant tomate-cerises pour les manger tout de suite, et transporter quelques affaires à la campagne. Mais nous y allions plus particulièrement parce qu'il a eu dégât d'eau. Un tuyau du réservoir a cédé, je ne sais pas quand. Il y a deux jours, mon jeune fils a découvert le dégât. Un voisin est venu à la rescousse. Nous sommes allés apporter quelques tuyaux et accessoires. Sur place, avant de réparer il faut nettoyer. J'ai failli me décourager!
Le tapis de la salle de séjour est détrempé. L'odeur de la cave et d'humidité a envahi l'atmosphère. Les traces de passages successifs des fils sont partout. Mais surtout, je suis venue si peu, absorbée par d'autres sphères et d'autres vies, que j'ai oublié comment «vivre» dans cette maison. Vivre et l'aimer. Surtout dans l'état où elle se trouve en ce moment. Meubles déplacés, le trop-plein de la ville refoulé ici et là, dans tous les recoins!
Je me suis donc lancée partout à la fois dans cette maison qu'il faut ré-apprivoiser. Alors que lui ausculte le tapis, évalue les dommages, se précipite à la municipalité pour demander des comptes à propos de la pression augmentée indûment dans les tuyaux de l'aqueduc et revient avec une souffleuse louée pour aider deux ventilateurs qui s'activent déjà à l'assèchement du tapis. Et puis, à l'aide d'une grosse machine, il aspire l'eau du tapis, tout en augmentant le chauffage dans la cave.
J'ai arraché les mauvaises herbes qui fleurissent le long des murs. À l'aide du sécateur, je coupe les plus récalcitrants. Changeant la nappe, nettoyant et rangeant, j'ai fini par retrouver un semblant de chez-moi. Mais aussi, je poursuis les intentions entretenues en ville: rendre accueillant et douillet le chez-moi, que ce soit en ville ou à la campagne. Ce qui veut dire trier et jeter aussi. Et utiliser à sa juste valeur, ce que l'on garde.
Nous avons fini par souper sobrement sur place. Le voisin est revenu travailler sur le réservoir, l'enlevant après avoir vidé l'eau qu'il contient, raccordant les tuyaux, aspirant, auscultant, etc. J'ai dû vider la vidéothèque et la section des livres de voyage. Au-delà du tapis, il y a le sous-tapis, et le plancher de bois qui peut moisir si l'assèchement n'est pas complet. Je me demande pourquoi l'on paie les assurances pour se démerder soi-même en cas de sinistre, juste parce que l'on ne veut pas voir augmenter les primes, en plus de se taper toute la paperasse et les troubles de justification.
J'ai même eu le temps de réorganiser la pile de bois de foyer, le temps de rêver à l'automne et à l'hiver.
Mais ce soir, je suis crevée. Demain, je déménage encore. L'image de l'arrachage de dent se poursuit, lancinante. Mais le travail est bien entamé, il ne faut que le poursuivre. En serrant les dents. Et ranger, et laver, et se délester comme l'on peut de ce qui ne sert pas.
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