08 avril 2009
Effets de la pleine lune

Je disais donc que je suis à fleur de peau. Est-ce trop sensible ou susceptible quand les paroles des autres blessent ou bousculent? Parfois ce sont des informations que d'autres lancent sans façon, comme si ce sont des faits divers. J'en ressens littéralement des pincements, le sentiment de rejet ou de dénigrement. J'en viens même à questionner le sens moral du monde, ou la rigueur du mien par rapport à un monde peuplé de gris! Même lire le journal devient une quête de sens, au-delà de la nouvelle et des non-sens.

Sous la surface donc, je promène cette sorte de radar ultra-sensible qui vibre, qui s'ébouriffe et qui cabre à longueur de jour. Des fois sans avertissement, d'autres fois plus prévisible.

Aujourd'hui, nous nous sommes présentés à la cour. À pas de course. Munis d'une lettre d'excuse de la ville pour une ligne blanche tracée au mauvais endroit, d'où, contravention que nous avons contestée. Sauf que la contravention épinglée sur notre pare-brise n'était pas la bonne, mais celle d'un autre qui a donc payé la nôtre, alors que nous avons contesté la sienne. Le rappel administratif ayant passé tout droit, condamnation s'en suivait, demande de rétractation de jugement nécessaire et audition ce matin donc. Si c'était pas de lui, j'aurai payé depuis longtemps et oublié toute l'affaire. Mais il avait fait les démarches, rempli les papiers, pris les photos de la scène du crime innocent, etc. Même gribouillé ma signature mais ... chut!

Ce matin donc, en bénéfices marginaux, j'ai vu beaucoup de policiers, garçons et filles, avec leurs vestes pare-balles, et leurs pantalons bleus d'uniforme, pour faire changement à leurs pantalons bigarrés, en signe de protestation syndicale. J'ai entrevu beaucoup d'avocats dans les couloirs de la cour, en complet-cravate, ou robe noire. Partout je voyais les répliques des copains de mes enfants, toute cette armée de monde pour brasser de la paperasse, sous couvert de défense de la loi et de l'ordre.

Quand on regarde tout le monde comme ses enfants, c'est signe indéniable que l'on est vieux et que l'on a abdiqué du droit à notre monde, et, avec indulgence ou critique, l'on se met à observer «leur» monde. Tient, ces souliers éculés sous la robe noire, je suis sûre qu'un des fils possède une paire semblable. Et ces mots assurés, sous la coupe de cheveux impeccable, du procureur de la couronne, il me semble voir mon fils, s'il avait étudié en droit. Ah, et ce couple mixte qui traine avec eux un garçon, trop grand pour sa poussette, gâté pourri, qui crie, lance des ordres à ses parents doucereux, et jette sa chaussette le plus loin qu'il peut. Je me demande si un jour j'aurai le courage de balancer une baffe à un petit-fils ou une petite-fille qui se serait comporté de cette manière.

Évidemment, le juge me demandait si je parle français et m'expliquait le retrait du jugement avec un débit imperceptiblement plus lent, pour être sûr que j'ai bien compris. J'avais l'air très égaré dans cette petite salle d'audience calme, tout comme dans les couloirs où tout le monde semblait savoir ce qu'ils font là.

Avec deux jours de retard, j'avais quand même réservé au restaurant du musée Pointe-à-Callière pour déjeuner avec lui, à l'occasion de son anniversaire. Loin de moi l'idée de célébrer, après trente deux ans de vie commune, je voulais quand même profiter d'une halte dans le quotidien, et voir l'exposition sur le Costa Rica, en même temps. Mais nous étions préoccupés, et fatigués, tous les deux. Halte-repas donc, le temps de quelques photos sur le port, et nous sommes retournés à nos occupations.

Vues du haut du restaurant L'Arrivage au musée Pointe à Callière. À droite, Habitat 67 paraît plus près qu'en réalité.

Au lieu de l'exposition, nous sommes allés plutôt à l'épicerie pour trouver une dinde et la laisser dégeler au frigo, nous préparant pour le dîner de Pâques, ce dimanche, quand je recevrai à la campagne. La dinde et la dizaine de litres de jus. En plus de quelques cartes de souhaits de Pâques à poster.

Ensuite, un petit saut chez la tireuse au tarot. Lui voulait vérifier l'état de la situation. Évidemment, elle disait que tout est dans la bonne direction, mais avec quelques retards. En me voyant arriver, elle pensait que nous y étions pour une consultation matrimoniale. Elle présume beaucoup pour ses compétences, ne trouvez-vous pas?

Le temps d'un café, le temps de poireauter aussi, en attendant, et nous sommes prêts pour ce groupe de clients qui n'a pas beaucoup parlé, sauf pour lui confier le volant de leur voiture.

Enfin, le temps de manger un morceau et nous nous sommes rendus pour la pièce de théâtre au Rideau-Vert. Un titre intriguant, «L'Effet des rayons gamma sur les vieux garçons», une comédienne, Sylvie Drapeau, qui s'est dépensée sans compter, et une déception: «les vieux garçons», ce ne sont que des fleurs Tagetes, ou oeillet d'Inde, qui sentent fort.

Ouf! finie la journée, et les effets de la pleine lune. Demain, rien sur le programme, sauf voir mes parents.

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