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Occupations et préoccupations de propriétaires fonciers. Réparation de fissures, visite de logements, évaluation et relation avec les locataires, futurs et présents. Menues mais importantes tâches. Que l'on accomplit comme la fermière qui fait le train.
Et puis, occupation et préoccupation de deux cinquantenaires: comment manger sans grossir, comment faire des exercices sans se défoncer. Le cocon fut donc le creuset des observations. Au soir, devant le télé-journal, nous ne sommes pas avachis mais l'un marche sur le tapis roulant, l'autre pédale. Félicité.
En après-midi, alors que je chassais les poils rebelles sur son lobe d'oreille, comme feraient deux gorilles se cherchant des poux, nous spéculions à la blague sur le sujet nullement tabou: «Si je meurs demain matin, que ferais-tu?» Cela aurait pu être un tout autre sujet, mais ce n'est pas le sujet qui compte, c'était la félicité du moment présent.
Plus tard, j'évoquais la routine des prochains vingt-cinq ans. Plus tard, lui s'étonnait sur les trente-cinq ans passés, faisant toujours le même métier. «Je n'ai pas dû bien faire quelque chose, pour être encore là, après tout ce temps!» En voulant dire qu'il aurait peut-être dû être millionnaire, débonnaire et rentier, au lieu d'être toujours le travailleur sur le terrain! Je sais, nous ne sommes pas programmés pour la richesse, mais pour le bonheur, assurément!
Ce soir, alors que le fermier ronflait déjà, la fermière s'illusionne en étirant le moment présent. Mais il est temps de souffler sur la bougie, demain le train n'attend pas.
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