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J'avais pensé divertir mes parents hier en invitant quelques uns de mes frères ou soeurs à partager avec eux un repas végétarien, le jour de la pleine lune. Je voulais même en faire une routine. Je faisais donc mes emplettes, achetant tofu et produits sans viande, légumes et potage. Dès mon arrivée, j'ai vu que ma mère a interprété les signaux et compris tout de travers. Elle pensait recevoir elle ses enfants, tous ses enfants si possible. Elle se pensait même dans la routine du nouvel an je crois, puisqu'elle avait préparé fruits et petits plats pour honorer le dieu de la terre (!), en plus de l'autel des ancêtres. Elle était déjà fatiguée, hors de ses pompes, à mon arrivée en après-midi.
Elle avait préparé une sorte de pudding, toute une grosse casserole, quelque peu insipide, qu'elle essayait de bonifier en y mettant de la crème de noix de coco, du lait, du sucre et de l'aspartame. Elle a acheté aussi des friandises à la vietnamienne, pourtant ce n'est pas dans ses habitudes. Elle préparait les ingrédients pour ses rouleaux du printemps, végétariens certes mais à grand renfort de sucre!
Elle a eu une parole méchante quand elle a su que j'avais l'intention de servir un vol-au-vent végétarien et des brochettes de tofu. Elle ne se comprenait plus.
Lui est venu souper donc, avec une bouteille de vin. Ainsi que mon plus jeune frère et sa femme. Comme prévu. Ils ont aimé le menu intégré, les rouleaux, les brochettes et le vol-au-vent. Lui a même déclaré que mon vol-au-vent n'a jamais été aussi bon, avec du «poulet sans viande». Les deux hommes échangeaient avec plaisir, de temps à autre, lançaient une question de sollicitude à l'un ou l'autre de mes parents, puis repartaient dans leurs échanges d'un ton et d'un rythme différent.
En résumé, ma tentative pleine de bonnes intentions fut plus un dérangement à leur routine qu'un divertissement. Au fait, est-ce l'effet de la pleine lune sur l'humeur de ma mère qui est restée taciturne jusqu'au soir? Ou est-ce la déprime hivernale? Ou le recul de son état?
Aujourd'hui, au téléphone elle est restée terne. Il me vient à l'idée que je prend trop à coeur la vie de mes parents au quotidien. Trop comme pas assez, on dit. Quel vide j'avais besoin de combler?
Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie envahie par le stress, quand les négociations dans un dossier ont pris un tournant tactique. Recevoir un document rédiger dans une forme pour le moins ratoureux, rusé, pour ne pas dire malhonnête. Comme si lors d'un sport de noble combat l'on essaie de vous prendre en défaut par un vulgaire croc-en-jambe. Tenant compte de la tactique, nous avançons toujours notre pas stratégique, l'issue de la manoeuvre sera connue dans quatre ou cinq jours, l'issue du combat, avant la fin du mois. L'enjeu est de taille, en ce temps économique plus volatile.
Ce soir, souper au perchoir, d'un repas rafistolé, rouleaux impériaux «chả giò» et spaghetti, avec le reste de ma sauce. Avec, non pas la petite blonde qui est revenu dans le portrait, mais une nouvelle grande blonde, la copine de l'autre des fils. Nous avons quand même discuté de la décision de vendre la maison. Ils ont bien pris la nouvelle je trouve, se partageant déjà le mobilier. Mais ce sera quand même un grand dérangement puisqu'il faudrait effectuer la préparation de la maison à la vente d'ici un mois, la recherche de leurs futurs logis respectifs, les multiples déménagements et aménagements, avant le début de l'été.
Cultiver mon calme sera le défi des prochains mois. Faire taire le sentiment de culpabilité aussi, d'avoir défait le perchoir, leur nid.
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