07 novembre 2008
Au menu du jour

Brume épaisse ce matin, quand je suis allée conduite fifils au collège. Clarté parfaite dans ce nouveau dossier que je monte, en commençant par rassembler tous les papiers nécessaires, malgré certains détails importants qui conditionnent encore sa lancée.

Lui et moi se félicitent de notre direction. Je suis toujours ébranlée et étonnée de l'effet que j'ai sur des gens, à notre premier contact. Et je ne peux pas vraiment mettre le doigt sur les raisons de cet effet: la tête que j'ai, ma voix, ma surdiplomation pour le métier que je fais, le contraste entre mon allure de petit bout de femme toute orientale et ma maîtrise des us et coutumes bien occidentaux. Tout ce charme que j'opère est bien flatteur pour l'égo et dur pour l'humilité que je veux mieux pratiquer.

Malgré le smog sur la ville cet après-midi, je suis allée prendre des photos et des mesures, toujours pour monter le dossier. Parlant avec l'imprimeur, je commande des calendriers de table, beaucoup de calendriers pour offrir à Noël. Cette année, rompant aux traditions, je n'enverrai pas de cartes de souhaits. En écrivant la phrase, déjà je ne me sens pas bien. Peut-être vais-je concilier les deux pratiques.

Ce soir, j'aurai voulu étudier le chinois que je néglige, ou sortir. Mais lui et moi, tous les deux, subissons la fatigue des derniers jours. Ou, pour ma part, est-ce l'effet des têtes d'artichaut que je mange, à l'exemple de ma mère, me dépêchant à en finir avec les bractées pour vite arriver au fond d'artichaut que j'affectionne. Alors j'ai sommeil ...

À côté du clavier, j'ai ce livre tout jauni que je ne me résoud pas encore à l'envoyer à la campagne avec les autres. C'est le journal de Alfred de Vigny, publié en 1949. Ça me fait tout drôle de lire qu'«il cause avec Lamartine pendant deux heures dans un «petit coin sombre» comme dit «le Misanthrope»», de Molière, certainement. C'était le 12 mars 1838, lors d'une soirée chez Madame de la Grange.

Allez, je me lance, je vous copie un extrait de cette entrée de journal de Vigny:

«Je lui ai demandé s'il était toujours occupé de l'Orient. Il se montre enthousiasmé des malheurs de Mahométans, et les regarde comme plus civilisés que nous, à cause de la charité extrême en eux.

- Cependant, lui dis-je, l'islamisme n'est qu'un christianisme corrompu, vous le pensez bien.

- Un christianisme purifié! me dit-il avec chaleur.

Il ne m'a fallu que quelques mots pour lui rappeler que le Coran arrête toute science et toute culture; que le vrai mahométan ne lit rien, parce que tout ce qui n'est pas dans le Coran est mauvais et qu'il renferme tout. Les arts lui sont interdits parce qu'il ne doit pas créer l'image de l'homme.

Je lui propose de rédiger sous forme de pétition un projet de loi en faveur des poètes faibles et distraits comme La Fontaine. La rédaction en serait à peu près celle-ci: «Si un poète a produit une oeuvre qui obtienne l'admiration générale, il recevra une pension alimentaire de deux mille francs. Si, après cinq ans, il produit une oeuvre égale à la première, sa pension lui sera allouée pour sa vie entière. S'il n'a rien produit dans l'espace de cinq années, elle sera supprimée.»»

Intéressant, n'est-ce-pas? Ce qui est actuel toujours, et ce qui ne l'est plus. Ce que j'aime des journaux c'est ce regard sociologique sur les hommes et leur époque.

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