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Me lever à 4h du matin pour prendre connaissance des résultats des primaires américaines. Lui aussi. Nous recoucher au bruit du grésil qui martelait sur les vitres. En pensant au fiston qui est parti en soirée à la campagne avec un ami, et à leur retour prévu demain après-midi, dans cette purée de pois.
Il m'arrive à l'idée que si les garçons n'arrivent pas encore à quitter leur nid qui est le perchoir, que si fifille a la vision de nous réinstaller dedans, c'est qu'ils doivent avoir vécus heureux là. Là où nous avons tout fait pour les accommoder, installant le dortoir des garçons quand ils étaient petits dans la grande chambre, la deuxième chambre faisant office de bureau et de chambre des parents, la fille occupant la plus petite chambre, alors que le salon servait de salle d'études puisque les trois petits pupitres y étaient nichés.
C'était là aussi que nous avons vécu nos déboires financiers, et survécu à la dernière récession, et revenu lentement à plus d'abondance. Il faut croire que rien de cela ne fut senti ou ressenti par ces enfants qui ont donc ainsi, marcher cinq minutes dans une direction pour se rendre à leur école primaire, ensuite cinq autres minutes dans l'autre direction pour se rendre à l'école secondaire et collégiale. C'était surtout vrai pour les jumeaux puisque le plus jeune allait un peu plus loin pour le secondaire et le collégial.
C'était là où ils vécurent leurs premiers émois amoureux, leurs premières déceptions aussi.
Seize, dix-sept ans de leurs jeunes vies dans ce qui est leur maison d'enfance. Alors que leur soeur se rappelle encore de la maison d'avant, les garçons ne se réfèrent qu'à ce perchoir qui fut vraiment leur nid.
Aujourd'hui, après la visite d'une amie, et après l'avoir raccompagnée, nous sommes allés voir mes parents. Avec toute cette neige ils n'attendaient pas de visite, ils n'en furent donc que plus contents. Surtout ma mère. Mon père lui, avec une simple petite infection buccale, il est déjà tout désemparé. Les ayant vus, je suis tranquille maintenant.
Mes parents aussi, ces grands enfants, ne sont pas prêts à quitter leur maison, leur jardin, leur repère. Une vingtaine d'années de leur vie s'est passée là, des années de stabilité, de contentement. Alors que mes enfants, quand ils quitteront leur nid ce sera pour voler plus haut plus loin, je crois que mes parents ne quitteront que pour la fin, à toute fin pratique, de cette vie.
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