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Après cinq jours à Paris, trente heures en Belgique, six nuits dans quatre différents lits, treize heures de vol aller-retour et trois cent-cinquante trois photos, je suis bien revenue en grande forme. Je ne vous compte pas, ni ne conte les amis, les rires et le plaisir, non pas parce que je ne veux pas, mais parce que je ne sais pas encore comment, ni par où commencer. J'ai seulement envie de le faire sans ordre chronologique. C'est tout le contraire de ce qui se passe dans ce journal depuis ses débuts.
Dans mes bagages, j'ai ramené douze livres puisque j'ai fait les bouquinistes du boulevard St-Michel, du vin de France, du chocolat de Belgique, du savon parfumé au thé vert, un buste de Bouddha sans valeur intrinsèque mais beaucoup de sens pour moi et deux toiles, l'une peinte par une amie, l'autre offerte par une autre. Je suis riche de mes découvertes et de tant d'amitiés. À Bruxelles, une qui ne m'a pas vue depuis quarante ans, a fait des recherches pour me servir des canapés diététiques, une autre a attendu toute une journée pour me voir vingt minutes puisqu'elle quittait tout de suite après pour un long voyage. À Paris, chez les uns j'ai vu vivre un peu leurs grands enfants, chez les autres, j'ai accueilli avec eux, leur fille et leur gendre qui revenaient tout juste de Hong Kong. L'une m'a donné son lit, les autres leur chambre d'amis. Celui-là, dans sa ville flamande, m'a passé le lit de leur fille partie étudier ailleurs.
Revoir des amis longtemps disparus, dans le ventre même de leur vie d'aujourd'hui. Voilà ce que j'ai fait, tout au long de la semaine. J'ai discuté souvenirs, humanitaire, études littéraires, enfants, enfance, finances, relance, et de mille et une choses. Mais j'étais touriste aussi, en passant au musée d'Orsay une matinée, au Louvre un après-midi et en découvrant le parc de Bercy, Bercy-Village à Cour Saint-Émilion. J'ai traversé le pont Alexandre à pied, flâné au canal St-Martin, pris un café au village historique de Versailles. J'ai pris le RER et le métro, le vieux tacot et la rutilante Mercedès. Je regorge d'images et de visages.
Écrire les trois paragraphes précédents vient de me prendre des bouts de soirée et de la nuit. Puisque je revis la semaine. Mais il me faut l'écrire pour revenir vraiment ici, chez moi, entre mes propres murs. Malgré toutes les griseries d'ailleurs, je conçois qu'un jour viendra où partir de chez soi sera un acte pénible, voire héroïque. Entretemps, je suis le parcours de la toile tissée par les liens de l'amitié ...
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