03 octobre 2006
Denses amitiés

J'ai l'impression d'être absente de cette page depuis longtemps. Pourtant, ce n'est que quelques jours. Pourtant, il n'y a rien eu de si exceptionnel ou de nouveau. Je n'ai reçu que quelques amis, et j'ai été reçu aussi. Il faut croire que je vieillis puisque j'accuse le coup, de n'importe quoi, plus durement. Tant et si bien que, pendant un moment, hier ou avant-hier, je me suis même dite que je me rappellerai que je me suis sentie vieille pour la première fois, à cinquante-cinq ans, et que je me souviendrai de cet instant ...

Je viens de passer quarante-huit heures presque sans interruption, sans se laver, avec peu de sommeil, avec quelques mêmes personnes. En communion presque, avec très peu d'échos du monde extérieur. Pourtant nous nous sommes déplacés. Dimanche, nous étions à Montréal chez une amie, jusqu'à ce que ceux de Toronto repartent. Puis nous étions partis chez moi, à la campagne, creuset des confidences et de la communion. En paroles et musique. Rien de moins. Un copain a amené sa guitare. Même moi, j'ai chantonné. La communion et la communication à ses extrêmes, l'ami de San Diego ne parlant pas français, et mon mari ne comprenant pas le vietnamien. Alors nous parlons vietnamien, passons au français pour reprendre en anglais. De grands bouts d'anglais, puis tout d'un coup vietnamien ou français, ou est-ce l'inverse? Des moments très denses à table, puis ensuite devant le feu de foyer, sur les couvertures de fourrure. Des fractions de tendre partage dans un continuum de pensée.

Hier matin, petit-déjeuner, bref retour en ville que nous ne faisions que traverser pour aller dans les Cantons de l'Est vers ce refuge de méditation. Promenade dans les bois d'automne féérique, communion avec la nature. Brefs instants de prière dans ce bâtiment très dépouillé. Retour précipité vers Montréal où mon mari me déposait au coin des rues René-Lévesque et St-Denis. Avec mes sacs rouges, puisque j'avais prévu le coup, sans avoir escompté une telle fatigue mentale.

Retour brutal vers la réalité donc, puisque j'étais revenue dans une longue réunion de conseil d'administration où le coeur des questions se situe, mais sur une autre planète de mes préoccupations. Retour brutal en effet, puisqu'un peu plus loin, dans notre même monde, quelqu'un tue encore. Quand je pense qu'aux mêmes instants, mon copain au refuge bouddhique attrape les mouches avec douceur avec un sac de plastique gonflé pour les libérer dehors.

Malgré la longue réunion, j'ai pris ma voiture pour aller faire mes adieux aux amis de San Diego qui sont repartis maintenant vers le Maine et le Vermont, poursuivant leurs vacances. À minuit passé, hier soir, je titubais, je roulais trop vite, je rentrais enfin au cocon. Avec le sentiment d'avoir laisser ma vie en suspens depuis quelques jours pour vivre une parenthèse. Ce qui est stupide, puisque ces amis, ces derniers jours, font partie de ma vie, en vrai.

Aujourd'hui, j'émerge de ma presque transe. Au constat, j'ai mangé un peu trop de nouilles de riz ces derniers jours et j'ai ignoré mes médicaments manquants aussi. Mon glucomètre ayant manqué de pile depuis trois jours, j'ai donc même négligé de suivre ma glycémie, et mon poids! Voilà, je vais tout reprendre, non pas à zéro, mais quand même, le dessus sur tout ce désordre.

hier consulter les archives demain

retour à la page principale

--> 1