23 mars 2006
L'Autre Montréal

J'écris cette page si tard, si avancée dans le lendemain que j'ai failli oublier la journée déjà. Mais je ne peux quand même pas oublier la première journée où je suis sortie en souliers cette année. Je suis même allée ce soir avec mon mari sur le Mont-Royal boueux. Toute la ville est sale, les restes de neige sont noirs. L'hiver se retirant, les détritus s'offrent aux regards stupéfaits de passants dédaigneux, comme si ces vestiges d'activités humaines leur sont totalement inconnus et étrangers.

Je ne peux pas quand même ne pas noter que je me suis défilée pour ne pas aller à la rencontre de cette femme juive hassidique, qui voudrait que je traite avec des voisins pour elle. Je ne sais pas encore dans ce cas-ci, mais ce n'est pas la première fois, ou la dernière, que des membres de l'autre communauté expriment clairement leur refus de transiger avec cette communauté si fermée sur elle-même.

La dernière fois que j'ai vu cette dame, elle était là qui me parlait, non pas comme deux personnes qui échangent vraiment mais comme si je n'étais là que pour prendre une commande strictement d'affaires. Tout le temps que j'ai passé dans leur maison, son mari, en tenue noire traditionnelle, était dans la pièce d'à côté, nous écoutant, pour ensuite se précipiter sur les papiers que j'ai laissés, dès que j'étais dans le vestibule, prête à partir. Cette fois-ci, je ne sais vraiment pas ce que je pourrai faire pour elle.

En somme, si j'ai choisi de parler de l'incident qui précède, c'est parce que j'ai arrêté de faire comme si un malaise n'existe pas. Depuis qu'il y a cette histoire de l'érouv et de la souccah, puis du kirpan. Et maintenant, il y a la question du lieu de prière. Dans la journée de cette dernière nouvelle, lors d'une rencontre associative, quelqu'un m'a interpellé comme si cela allait de soi que je suis contre ce jugement. Au fond, je suis pour la liberté et les droits de tous. Mais la question est de savoir si moi, comme tout le monde, sommes-nous prêts à nous prononcer? Puisque dans une ville comme Montréal, nous serons tous confrontés à une situation, à un moment donné.

Peut-être devrai-je arrêter de prétendre que, forte de mes trente ans d'intégration montréalaise, de mes quatre enfants tout québécois, je fais donc tout à fait partie de la majorité? Alors que je fais partie de l'Autre Montréal.

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