19 mars 2006
Décalages

Je vis mal des petits décalages qui ont l'air anodin. Comme en entendre parler et croire à l'économie sociale, et continuer à côtoyer, et en faire partie, de ce monde de consommation. Comme ressentir fortement le besoin de silence et subir le bruit du ventilateur de cuisine. Comme écouter ce moine sur cassette qui parle de la conscience de chacun de nos gestes en ralentissant nos mouvements et assister au vidage bruyant et précipité du lave-vaisselle par mon mari.

Alors que j'étais là, juste au croisement de ces réactions perturbantes, alors que nous allions partir nous réfugier enfin pour une demie-journée à ma maison du nord, le téléphone a sonné. On me demande pour un rendez-vous professionnel précipité, à l'instant même, tout au plus dans l'heure qui suit. Inutile de vous dire que j'étais bête. Décalage incroyable entre le moi du zen et le moi du professionnel de service, toujours souriant, toujours disponible.

Une heure plus tard, j'étais compétente, souriante, disponible. En m'excusant de mon humeur passée. J'ai un nouveau client donc. Mais est-ce que j'ai besoin vraiment de nouveaux clients, si je peux vraiment faire le pari d'un allègement de mode de vie? C'est l'entre-deux qui est difficile. Et ma profession ne se prête pas à trop de dépouillement. Encore une équation à résoudre ...

Mon plus jeune fils est venu avec nous au refuge. Une neige blanche encore à la campagne. Le soleil d'après-midi caresse les façades de maison et danse entre les branches dénudées. J'ai dormi en voiture, mon fils au volant ne m'effrayant pas. Tout le reste de la journée, je suis toute à apprécier sa présence.

Nous regardions tous les trois un film futuriste, «Serenity». Nous mangions ce qui se trouvait dans le congélateur. Je n'ai pas profité de sa proximité pour faire la mère. Il montrait à son père les trucs pour jouer au sudoku. Je lisais le journal, entretenais le feu de foyer. Mais mes livres, la maison furent délaissés sans remords. Nous sommes rentrés en ville en soirée, le fils conduisant toujours, moi endormie toujours sur la banquette arrière. C'était à peine une escapade, mais au moins, je me suis soustraite à des obligations ...

Je suis toujours décalée ce soir, mais je ne me débat pas ...

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