|
Que dire de cette journée où je me suis sentie si vide et si pleine? Ce matin, lever rapide, rencontre brève et retour en ville sans tarder. Sans même relever la statue de la liseuse dans la cour qui est encore tombée à la renverse pour la deuxième fois, alors que la statue du bouddha, en équilibre précaire n'a pas bronché. Évidemment, je n'ai pas pris le temps de prendre la photo de ce coin de la cour couverte d'une fine couche de neige, mais je vous remet la photo d'été, tiens, moi qui l'aime assez pour m'en faire un fond d'écran!
Au notaire, nous avons signé, devenant propriétaires de ce quadruplex. Voilà un autre voeu réalisé! Je suis tour à tour vide et pleine, inchangée et emballée. Toujours sur le fil du rasoir je pense. Même si j'avance vers quelque chose. Je crois que mes enfants me pèsent, non pas parce qu'il y a quelque situation alarmante en soi, mais parce que je suis leur mère. Je vois au travers d'eux et je m'inquiète.
Avec la fille et son beau qui sont arrivés ce matin très tôt, et les fils qui sont là tout autour, pour sortir ce soir entre eux et manger avec nous, qu'est-ce que j'ai à redire? Pourtant, il y a quelque chose qui me grise et me dégrise tout à la fois. Je n'arrive pas à rester calme. Je met quelque chose dans ma bouche sans arrêt, comme par bravade. Comme si c'est le seul geste qui dépend de moi, alors je le pose au lieu de le freiner. Évidemment, la baguette de pain est savoureuse, le pâté au porto délicieux, les pistaches irrésistibles, les raisins secs, la lasagne, les clémentines, le palmier, le thé, le café, le nutella à la pointe du couteau, ... Difficile confession!
Il y aussi le cousin qui conditionne l'univers à court terme de tout le clan familial. Et la mort sa copine qui flirte et guette au coin de la rue. Décembre déjà! Cette année, nous attendons. Quoi, au juste? Que la mort tourne le coin! Ou qu'elle s'y cache encore un peu, un peu plus longtemps!
Je me sens impuissante. Pour rendre les jours présents du cousin plus sereins. Pour rendre le parcours de vie des enfants plus lisse. Pour hâter la conclusion des dossiers professionnels et autres. Mon téléphone ne sonne pas. Mes appels n'ont pas d'écho. Mon agenda est vide et plein tout à la fois. L'heure est creuse.
Deux heures du matin. Je viens de me relever, après quelques heures de sommeil. Je me noie dans quelques verres d'eau. Il faut que je m'occupe! J'enregistre une vingtaine de livres dans ma bibliothèque virtuelle, au gré du voyage incessant des livres entre le perchoir et La Dolphine. Au passage, je lis ce poème que j'avais appris par coeur, il y a très longtemps:
Le lac
O lac! l'année à peine a fini sa carrière,
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes;
Un soir, t'en souvient-il? nous voguions en silence;
Tout à coup des accents inconnus à la terre
«O temps! suspends ton vol; et vous, heures propices,
Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Mais je demande en vain quelques moments encore;
Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive,
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse
En quoi? n'en pourrons-nous fixer au moins la trace?
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
O lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
de Lamartine (Treizième méditation poétique)
hier |