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Malgré les petites heures du matin, nous avons parlé, ma fille et moi. Plutôt de mes dilemmes que des siennes. C'est en lui parlant que je réalise que j'avais besoin d'en parler à quelqu'un.
Difficile réveil. La matinée fut courte. Vers midi, j'amène le fils au travail puis nous partons pour les Laurentides, pour le rendez-vous avec le psychologue. C'est quelqu'un de brillant et expérimenté qui a cerné la question rapidement. Intuitivement nous avons vu juste avec notre fils, nous avons posé quelques bons gestes mais, vu la nature des choses, notre fils est bien pris au piège d'un être qui n'est pas prêt de lâcher sa proie. Il faut que lui-même apprenne à faire face à ses propres peurs. Quand à moi, il faut que j'apprenne à faire face à mon impuissance, ainsi qu'à mon effacement. Il faut que mon mari assure pleinement sa place de père. L'aide au fils, à celui-là comme aux autres, ne peut venir que du père. L'équilibre des hommes provient de leur excellent rapport avec leur père, et non avec leur mère. Et une mère forte ne fait que rendre la route vers l'autonomie des fils plus difficile.
Ainsi, par la force des choses, c'est mon mari qui se trouve à prendre le prochain rendez-vous avec le psy. De prime abord, c'est pour mieux assurer son rôle au-près du fils. En vérité, c'est pour mieux s'assumer tout court. Comment vais-je assumer mon impuissance et mon effacement? Avec vigilance et volonté qu'il dit. Ce qui défait toute notre structure familiale.
Pour l'instant, nous digérons les informations. Il faut que je canalise mes énergies ailleurs. Laisser la place. Ne plus prendre les commandes. Si je fais dans le dramatique, je dirai qu'il faut que je comble un vide. Si je suis volontariste comme toujours, je dirai que je suis libre à faire tout ce que je veux faire, les fils ne devant plus faire partie de mes tâches. Il faut composer avec les nouvelles données.
Et si, pour m'aider, je me concentre sur mon travail et mes dadas. Pour l'heure, à La Dolphine, en attendant que les draps soient lavés et séchés dans les machines, j'ai pris sur mes rayons le "Journal d'un homme farouche (1983-1992)" de Jean-Paul Desbiens.
Depuis quelques jours, le "Dictionnaire de la Littérature française XXè siècle", de la collection Encyclopædia Universalis chez Albin Michel, est sur mon bureau, à la gauche du clavier. J'y pige des articles assez arides, sur des auteurs souvent inconnus de moi, comme Marcel Jouhandeau et ses "Journaliers" en vingt-huit volumes et plusieurs carnets. J'y apprend aussi bien des détails sur ceux que je connais. Enfin, ce n'est pas quand même ma lecture de chevet!
Avec vigilance et volonté je constate: il est 4h du matin, je suis seule devant le clavier. Mon mari dort comme d'habitude. Aucun enfant au bercail, fils ou fille. Non, je n'ai pas essayé d'appeler personne sur leur téléphone portable. Dehors, il pleut abondamment ...
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